Le Prophète (SAWS) à dit :

«Dieu aime voir, s'Il accorde Ses grâces à un serviteur, l'effet de sa grâce sur lui, et Il déteste la misère et ceux qui feignent d'être misérables. »


La Vérité sur les salafistes      

Les négateurs des sources de la tradition prophètique

Pour les théologiens et juristes musulmans, la Tradition du Prophète est indissociable du Coran. Ils considèrent que sans elle, il est impossible d’interpréter la Loi, qu’elle doit préétablir le cadre de toute réflexion et que même si tous les hadiths ne sont pas d’une authenticité irréfutable, il est préférable de s’y référer plutôt que de laisser chacun donner libre cours à son imagination, comme le font les négateurs occidentaux et orientaux, qui sont soit des chrétiens qui sous couvert de recherches universitaires oeuvrent à discréditer l’Islam au profit de leur religion, soit des chercheurs qui étudient le monde arabe pour des raisons stratégiques.
Les négateurs orientaux sont quant à eux, soit des sectes politico-religieuses comme les khârijîtes et les wahhabites, soit des mouvances religieuses, comme les salafites – terme ambigu sur lequel nous reviendrons – et auxquelles s’apparentent les wahhabites, ou soit encore des sectes parareligieuses, comme celles des philosophes et des hérétiques.
Tous oeuvrent à l’élimination d’un maximum de hadiths afin de se voir opposer un minimum d’arguments contredisant leurs allégations ou interdisant leurs pratiques. Ils argumentent en disant que les textes de la Tradition sont dans leur grande majorité des apocryphes, que les rapporteurs de hadiths n’étaient pas aussi irréprochables que l’ont prétendu les traditionnistes et que ces derniers n’avaient pas tous les compétences exceptionnelles qu’on leur prête.

Pour les orientalistes, « Mahomet » est l’auteur du Coran, sa Tradition un tissu de mensonges et l’Islam une religion d’emprunt.
Pour justifier leurs opinions, ils remettent en cause de façon très insultante, la pertinence de nombreux Compagnons et savants musulmans et, non sans une certaine ostentation, la capacité de ces derniers à mieux interpréter le Coran qu’eux.

Pour les coranistes, les gens du Coran ou coranistes (al-qurâniyyûn) ; ce néologisme désigne les musulmans qui ne reconnaissent que l’autorité du Coran et dénigrent celle de la Tradition du Prophète.
Des juristes font, à juste titre, remarquer que dans le Coran il est fait mention des cinq prières canoniques, mais pas du nombre d’inclinaison (rak‘a) composant chacune d’elles : deux pour le subh, quatre pour le zuhûr, le‘asr et le‘ishâ et trois pour le maghrib. De même, le Coran fait état de la procession autour de la Ka‘ba, lors du pèlerinage, mais pas de leur nombre. Comment les coranistes ont-ils fait pour le savoir ? Il faudrait bien plus d’un livre pour énumérer tout ce qui ne figure pas dans le Coran et que nous mettons en pratique sur simple injonction du Prophète.

Les wahhabites sont à la fois une dynastie théocratique et une secte politico-religieuse. Pour eux « la raison d’État » l’emporte sur le Livre d’Allâh et la Tradition de Son Prophète, cela quelque soit le nombre et l’herméneutique des versets dénigrant leur comportement, le nombre et le degré de fiabilité des hadiths les contredisants.
Au début des années 1960, les wahhabites ont contribué à promouvoir l’émergence de Nâsir ad-Dîn al-Albânî. Ce dernier ne fut pas un adepte convaincu du wahhabisme, mais plutôt un « électron libre », un autodidacte en quête de notoriété profitant de la manne de ses mécènes saoudiens pour asseoir sa réputation et diffuser ses ouvrages.
Aujourd’hui, le mal est fait et l’impéritie des wahhabites lourde de conséquence : Al-Bukhârî, an-Nasâ’î, Abû Dâwûd, Ibn Taymiyya, al-Mundhirî etc., et la liste serait longue ! Il n’est pas un grand maître, spécialiste du Hadith, dont il n’a épargné les travaux, pas un juriste dont il n’a dénigré les conclusions ; avec pour comble de l’irresponsabilité, la plus odieuse des fatwa : permettre au musulman en état d’impureté mineure et majeure de toucher et réciter le Coran.

Les radicaux musulmans sont divers mouvements hétéroclites ; des non-conformistes par esprit de contradiction ; des sceptiques envahis par le doute et habités par la psychose d’être induits en erreur. Ibn Hazm, Ibn Taymiyya, mais surtout Ibn ‘Abd al-Wahhâb et Albânî, sont leurs principales références. Dans leurs pratiques, ils agissent selon ce que leurs esprits encombrés auront retenu d’eux. Persuadés de marcher sur les pas des Anciens vertueux, les « salaf sâlih », ils dénigrent sans aucune connaissance, mais avec de l’insolence, la fiabilité de tous les hadiths non rapportés par al-Bukhârî et Muslim et, pour les autres traditionnistes, ceux qui n’ont pas été avalisés par Albânî.

Radicalisme et salafisme

Le mot salafite est l’un des termes dont les acceptations prêtent le plus à confusion. Il n’est pas toujours aisé aux néophytes de différencier ceux qui parmi les salafites furent des hommes de convictions, instruits, intègres, sincères et dont la seule ambition fut de servir la Vérité, de leurs prétendus héritiers spirituels, pour qui l’exégèse classique du Coran est sujette à caution et la Tradition du Prophète entachée de caducité.

Le mot salafite est un néologisme dont l’origine est le nom d’action « salaf » qui signifie : passé, révolu, ancien ; il est, dans l’usage, associé à l’adjectif « sâlih » qui signifie vertueux.
Le Prophète (P) a dit : « Les meilleurs d’entre vous sont ceux de ma génération (qarnî) [les Compagnons], puis ceux qui leur succèderont [les Disciples], puis ceux qui leur succèderont [les Élèves des Disciples]. » La définition de l’expression « les Anciens vertueux » est, de par ce hadith authentique, très précise. Selon Ibn Taymiyya, la période de leur parution s’achève en l’an 132 de l’Hégire. Selon d’autres, le mot qarn couvre une plus longue période ; au plus 100 ans. En tout état de cause, seule l’élite de notre communauté née, au plus tard, avant la fin du troisième siècle de l’Hégire, peut prétendre à ce titre. Tous ceux, nés après l’an 300 sont considérés comme des successeurs (khalaf).

Les salafites apparurent au 4e siècle de l’Hégire. Ils étaient d’obédience hanbalite et prétendaient que la totalité de leurs théories trouvait son fondement dans celles d’Ahmad ibn Hanbal ; lequel réhabilita la doctrine des Anciens vertueux et combattit toutes les autres. Au 7e siècle de l’Hégire, cette mouvance réapparut à l’instigation d’Ibn Taymiyya, leur leader. Il réactualisa la doctrine et, en fonction des nécessités de son époque, l’augmenta de ses propres réflexions et éléments doctrinaux. Au 12e siècle de l’Hégire, à l’initiative de Muhammad ibn ‘Abd al-Wahhâb, les théories d’Ibn Taymiyya se répandirent dans la Péninsule arabique.

On distingue trois générations de salafites. Aucune d’entre elles ne s’inscrit dans la continuité de l’autre, et elles n’ont pas de lien direct, si ce n’est le nom et quelques principes :

Les rénovateurs
la première génération de salafites est cette mouvance ancestrale néohanbalite.
Sa principale singularité fut de s’opposer aux théologiens rationalistes, auxquels ils reprochaient leurs polémiques sur l’Ipséité, les Noms et les Attributs d’Allâh, l’origine et la nature de l’univers, celle de l’homme et du Coran, la prédestination, le libre arbitre, etc. Le salafisme premier est donc l’antithèse de la philosophie gréco-arabe, en particulier celle de la logique et de la métaphysique ; telle est sans doute la définition la plus appropriée. Au fil des siècles, certains juristes de renom, comme ibn Taymiyya (m.1328) contribuèrent grandement à promouvoir son rayonnement et sa codification en une doctrine. Ces premières générations de salafites ne se distinguent donc pas par le dénigrement des sources de la Tradition, mais par leur attachement à un Dogme pur, une Tradition saine et une lecture littérale des Textes, exempts de toute interprétation allégorique et déduction rationnelle.

Les réformateurs
Au 19e siècle, l’élite intellectuelle musulmane s’éleva contre la domination de leur communauté par les Ottomans, les Anglais, les Russes et, plus tard, celle des Français en Afrique du Nord. Dans leurs ouvrages, ils dénoncent le retard des musulmans dans de nombreux domaines, la corruption des dirigeants politiques et le laxisme des chefs religieux.
Alors que les nationalistes et les idéologues militent pour un panarabisme laïque et socialiste, les leaders religieux militent quant à eux pour un panislamisme moderne avec, pour principal credo, une herméneutique moderniste de la Révélation, indépendante de celle des exégètes classiques, la réforme des données de la jurisprudence ; la majorité des hadiths étant, selon eux, des récits forgés et les recommandations des juristes classiques inadaptées, une interprétation progressiste de la Loi, adaptée aux exigences de la modernité (capitalisation, prêts bancaires, etc.) et la réhabilitation et le recours à l’effort de réflexion et de déduction personnel (ijtihâd).
La relative alliance des partisans du panarabisme et du panislamisme va rapidement voler en éclat, car le 19e siècle est, en Occident, celui de la modernité, des acquis sociaux, de l’évolution des moeurs et surtout celui de la technologie. L’évolution radicale dans les transports, le commerce, l’industrie, l’économie, la communication, les médias et l’armement, va considérablement modifier leur attitude. Alors que les valeurs ancestrales avaient, un temps, réussi à les unir, la technologie moderne va profondément les diviser. Les velléités des nationalistes et des idéologues ne disparaîtront pas, mais évolueront. Beaucoup plus pragmatiques, elles ne porteront plus sur le bien-fondé de la modernité, mais sur les profits qu’elle génère (pétrole, gaz). L’attitude des leaders religieux va également évoluer pour soit se radicaliser, soit se politiser et parfois même les deux. Toutes les mouvances nées de cette scission n’auront de cesse de se diversifier jusqu’à nos jours.

Les innovateurs
Cette période d’éveil, initiée par les réformateurs, est associée à celle, ô combien infondée, de l’épuration des moeurs et des convictions religieuses des musulmans. Depuis le 18e siècle, avec Muhammad ibn ‘Abd al-Wahhâb, à nos jours, une pléiade de chefs religieux d’obédience salafite ne cessa de prôner le renouveau. Tous prétendent être les authentiques héritiers spirituels des Compagnons du Prophète et oeuvrer à la renaissance de leurs us et coutumes. Sous de faux prétextes moralisateurs, ils revendiquent le droit et le privilège de conduire la communauté musulmane sur le chemin de la Vérité, de la ramener aux vraies valeurs du Coran et de l’authentique Tradition du Prophète, débarrassée de toutes les innovations et de tous les hadiths qui, selon eux, ne sont pas absolument authentiques. Non satisfaits d’avoir amputé la Tradition d’un nombre considérable de hadiths, ils s’évertuent à présenter le Prophète de l’Islam comme un personnage quelconque, « un simple facteur » venu transmettre un message, mimer quelques gestes, faire quelques recommandations vestimentaires et alimentaires et qui ensuite s’en serait retourné. Ils considèrent que le vénérer est assimilable à de l’associationnisme (shirk).
En plus d’avoir la négation des sources de la Tradition pour point commun avec les coranistes, leurs thèses sont parfois très proches de celles des anthropomorphistes ; certaines métaphores figurant dans le Coran et dans certains hadiths sont interprétées selon des acceptations très proches de celles de cette secte. Ils prônent également une lecture strictement littérale des Textes, excluant toute interprétation rationnelle, analogique et allégorique et considèrent comme apocryphes, la majeure partie des hadiths non rapportés par al-Bukhârî et Muslim. Cet antagonisme sera dans tous les cas associé à un rejet des quatre écoles de jurisprudence et leur remplacement par une seule.

L'historique des Wahhabites

L’historique d’une secte débute généralement par la biographie de son fondateur. Dans le cas précis d’Ibn ‘Abd al-Wahhâb et Ibn Sa‘ûd, il est indispensable de le faire débuter par la localisation géographique de leur région natale, le Najd, à l’est de la Péninsule arabique ; tant l’aura maléfique qui émane de cette région a suborné de musulmans.

Le Prophète (P) dit, à deux reprises : « “Seigneur, béni le Shâm (le Nord) et le Yaman (le Sud.” Un homme demanda : “Ô Messager d’Allâh, et l’Est ?” Le Prophète répondit : “De là paraîtront les cornes du Diable (qarn ashshaytân) et avec elles les neuf dixièmes des maux.” »
Et, dans la version d’at-Tabarânî : « […] et avec elles les neuf dixièmes de la mécréance (kufr) et des maladies acerbes. » – « L’antre [litt. La tête], de la mécréance se trouve à l’Est […]. »
‘Abd Allâh ibn ‘Umar raconte : « J’ai entendu le Prophète (P) dire, en désignant l’Est : “Là ! La sédition se trouve là ! La sédition se trouve là ! À l’endroit d’où paraîtront les cornes du Diable”. »
Le Prophète (P) a dit : « “Seigneur, bénis notre Shâm. Seigneur, bénis notre Yaman.” De l’assemblée, quelqu’un demanda : “Et notre Najd ?” Le Prophète réitéra son invocation et dit : “Seigneur, bénis notre Shâm. Seigneur, bénis notre Yaman.” De l’assemblée, quelqu’un demanda : “Et notre Najd ?” Il me semble que la troisième fois il dit : “De là proviendront les secousses et la sédition, et de là paraîtront les cornes du diable.” »

Al-Muhlib explique que le Prophète ignora la demande de son interlocuteur en faveur des gens de l’Est, sachant par avance que la propagation de troubles multiples se ferait à partir de chez eux, du fait de leur forte propension à succomber aux tentations du Diable […] Al-Khattâbî explique que le mot qarn [traduit par cornes] peut désigner une nouvelle communauté venant remplacer celle disparue […] D’autres disent qu’à cette époque l’Est était infesté d’incroyants. Par cette prédiction le Prophète informait que c’est à partir de là que débuterait la sédition, et il en fut ainsi […] Al-Khattâbî dit que le Najd se trouve à l’Est, que pour les Médinois, il désigne les déserts irakiens et les régions alentours, que tout cela correspond à l’Est de Médine et que le mot najd signifie : terrains en élévation, par opposition à ceux situés en contrebas appelés gawr. Ad-Dawâdî prétend qu’il désigne l’Irak ; s’il en était ainsi, cela voudrait dire qu’il désigne un endroit particulier, ce qui n’est pas le cas.
Les wahhabites, que toutes ces prédictions horripilent, tant elles les désignent, sont tous originaires du Wâd Hanîfa, dans le Najd et dont l’actuelle capitale est Riyad. Selon eux, le Prophète ne parle pas de Riyad et sa banlieue, mais de l’Irak et de la Perse. Ils s’appuient en cela sur certains faits historiques et les commentaires de savants réputés du 12e et 15e siècle.

Les wahhabites contestent également plusieurs autres prédictions du Prophète. En effet, certains hadiths désignent Ibn ‘Abd al-Wahhâb et ses dévots, comme étant les descendants de Dhû-l-Khuwaysira, un interlocuteur insolent du Prophète, du clan des Banû Tamîm. D’autres hadiths désignent les Sa‘ûd comme étant ceux de Musaylima, le faux prophète, du clan des Banû Hanîfa.
Les Banû Tamîm Abû Sa‘îd al-Khudrî raconte : « Alors que ‘Alî se trouvait au Yémen, il fit parvenir au Prophète (P) une gangue d’or qu’il partagea ensuite entre [quatre personnes]. Vexés, les Qurayshites et les Ansârs dirent : “Il donne aux notables des gens du Najd et il nous exclut du partage.” Le Prophète dit alors : “Je ne fais cela que pour leur être agréable.” C’est alors qu’apparut un homme aux yeux enfoncés dans leurs orbites, au front protubérant, à la barbe touffue, aux joues saillantes et au crâne rasé. Il vint et dit : “Ô Muhammad ! Craint Allâh !” Le Prophète lui dit : “Qui donc Lui obéirait, si je ne Lui obéissais pas moi-même ? Il m’a gratifié de Sa confiance auprès de Ses créatures et vous, vous me refuseriez la vôtre ?” De l’assemblée, quelqu’un réclama sa mise à mort, mais le Prophète s’y opposa. Quand [l’insolent] s’en retourna, il dit : “De sa postérité naîtront des gens, ils liront le Coran, mais il ne dépassera pas leurs gorges. Ils quitteront l’Islam à la vitesse avec laquelle une flèche transperce une proie. Ils tueront les musulmans et épargneront les polythéistes. S’il m’était donné de vivre à leur époque je les aurais exterminés comme le furent les ‘Adîtes. ” »
Al-Aqra‘ ibn Habis dit au Prophète (P) : « Tu as reçu l’allégeance de [clans réputés pour être des] détrousseurs de pèlerins parmi les Aslam, les Ghifar, les Muzayna et les Juhayna. Le Prophète (P) répondit : “Que dirais-tu si je te disais que ces clans valent mieux que les Banû Tamîm, les Banû ‘Amir, les Asad et les Ghatafan ? Ces derniers ne seraient-ils pas perdus et déchus ?” Il répondit : “Assurément.” Le Prophète dit alors : “Je jure, par Celui qui a mon âme entre Ses mains, qu’ils valent mieux qu’eux.” »
« Abû Barza rapporte que pour le Prophète (P) les gens les plus détestables et les plus effrontés étaient les Saquîfs et les Banû Hanîfa. »

Ibn ‘Abbâs raconte : « Musaylima se rendit [à Médine] à l’époque du Prophète et se mit à dire : “Si Muhammad m’accorde de lui succéder, je m’en remets [dès maintenant] à son autorité.” Il vint [près de Médine] accompagné d’une délégation. Le Prophète partit à sa rencontre, accompagné de Thâbit ibn Qass ibn Shammâs. Le Prophète tenait dans sa main une branche de palmier et, quand il fut à proximité de Musaylima et de ses partisans, il lui dit : “Même si tu me demandais, ne serait-ce que cette branche, je ne te la donnerais pas. Tu n’iras jamais au-delà de ce qu’Allâh a décrété à ton sujet. Et même si tu t’en retournais, tu ne pourrais échapper à ton sort. Tu corresponds, en tous points, à ce que j’ai vu, lorsque j’ai vu ! Voici Thâbit, il répondra pour moi [à tes questions].” Puis le Prophète s’en retourna.

Voyons à présent la relation et les implications de ces hadiths avec certains faits historiques commentés par les contemporains de Muhammad ibn ‘Abd al-Wahhâb et Muhammad ibn Sa‘ûd.

L'imposture des Sa'ud

Les Lieux saints de l’Islam et, par extension, la Péninsule arabique, ne peuvent se trouver que sous l’autorité politique et religieuse d’un Hashémite. La noblesse de cette descendance, dont la filiation remonte au Prophète et ses aïeux, ainsi que sa prééminence sur toutes les autres, sont attestées par plusieurs hadiths. Les recommandations du Prophète à leur égard sont sans équivoques, les destituer et contester leur légitimité à gouverner, ainsi que celle des autochtones mecquois et médinois, revient à contester les décrets du Prophète, cela quelque soit le régime politique envisagé.

Le Prophète (P) a dit : « Parmi les descendants d’Abraham, Allâh a élu Ismaël. Parmi les descendants d’Ismaël, Allâh a élu les Banû Kinâna. Parmi les descendants des Banû Kinâna, Allâh a élu les Qurayshites. Parmi les descendants des Qurayshites, Allâh a élu les Banû Hâshim. Parmi les descendants des Banû Hâshim, Allâh m’a élu. » – « Je vais vous léguer deux choses, tant que vous y resterez fidèles, jamais, après moi, vous ne vous égarerez. La première a la préséance sur la seconde. Ce sont, le Livre d’Allâh – une corde tendue depuis le ciel à la terre – et mes proches, parmi les Gens de ma maison. Les deux resteront indissociables, jusqu’à ce qu’ils viennent à moi au Bassin. Voyez, comment vous me succèderez auprès d’eux. » – « On prêtera serment d’allégeance à un homme [le Mahdî] entre l’angle [de la Ka‘ba] et la Station [d’Abraham]. Cette Maison [la Ka‘ba] ne peut être administrée que par l’un des siens [les Banû Hâshim] ; si tel n’était plus le cas, ne vous interrogez plus sur [les causes de] la perte des Arabes […]. »

Le Prophète (P) a dit : « Cette fonction [le califat] ne cessera d’être l’apanage des Qurayshites, tant que deux d’entre eux survivront. » – « Les émirs seront Qurayshites. Quiconque contestera leur légitimité ou tentera de les expulser tombera ; tombera comme tombent les feuilles. » – « Les imams seront Qurayshites, les plus vertueux d’entre eux seront les guides des vertueux et les plus pernicieux d’entre eux les guides des pernicieux[…]. ». « Le califat sera le fait des Qurayshites, la justice celui des Ansârs et l’adhân celui de Abyssins[…]. ». « La royauté sera le fait des Qurayshites, la justice celui des Ansârs, l’adhân celui de Abyssins et les dépôts [du Trésor Public] celui des Azidi. ». « Cette fonction sera le fait des Qurayshites. Quiconque s’y opposera, Allah Le précipitera dans le feu, la tête la première ; cela tant qu’ils se conformeront à la Religion. ».

Nous constatons qu’aucune fonction n’a été dévolue aux gens du Najd : les Banû Hanîfa et les Banû Tamîm ! Et pourtant, tous les postes politiques, administratifs et religieux sont, depuis leur avènement à nos jours, occupés par eux.

Les Ottomans ont toujours maintenu les « Sharîf Hashémites » dans leurs fonctions de guides religieux et l’administration des Lieux saints. Même si leur destitution, pour faute grave, peut être envisagée, elle ne saurait se faire au profit de gens que le Prophète a discrédité. Mais une fatwa, la première d’une longue série, va permettre aux wahhabites de passer outre. Eux qui ne cessent de clamer qu’ils ne reconnaissent que l’autorité du Prophète, alors qu’ils ont usurpé les biens et les privilèges de ses descendants pour élire, en leurs lieux et places, ceux-là mêmes qu’il exécrait : les Banû Hanîfa et les Banû Tamîm. Dès lors, on ne comprend pas très bien ce que font ces gens à la tête d’un État dont ils accaparent, sans compter, les richesses et le pouvoir et qui, pour « couronner » le tout, est devenu le royaume de leur famille « l’Arabie Saoudite ! » Depuis ‘Abd al-‘Azîz, fils du cofondateur de la dynastie, le pays est administré par la famille Sa‘ûd et ses alliés.

Sous le règne du Sultan Salîm III, il se produisit de nombreuses séditions, parmi elles, celle organisée par les wahhabites. Elle se développa, depuis le Hijaz, jusqu’à ce qu’ils aient établi leur autorité sur les Lieux saints. Ils en interdirent ensuite l’accès aux pèlerins syriens et égyptiens. Dans un premier temps, leur domination par la force et leur diktat [politico-religieux] s’exerça sur la region du Najd. Puis, leur despotisme s’amplifia, leur joug et leur domination territoriale s‘étendirent considérablement. Ils exécutèrent un nombre incalculable d’autochtones, légitimèrent la spoliation de leurs biens et insultèrent leurs femmes. M. ibn ‘Abd al-Wahhâb contacta les émirs résidant à l’Est, auprès desquels il demeura jusqu’à ce qu’il obtienne d’eux qu’ils le secourent et l’aide à propager sa doctrine ; ce qu’ils firent, voyant là un moyen de consolider leur territoire et de l’étendre. Dans un premier temps, ils établirent leur autorité sur les bédouins et les sédentaires isolés dans le désert, lesquels devinrent leurs adeptes et soldats sans solde. Sa doctrine apparut en 1730 et commença à se répandre dès 1737. De nombreux savants éditèrent des livres afin de réfuter ses thèses, y compris ses maîtres et son frère Sulaymân. On compte parmi les émirs résidants à l’Est et qui lui sont venu en aide afin de propager sa doctrine : l’émir d’ad-Dir‘iyya, Muhammad ibn Sa‘ûd, un descendant des Banû Hanîfa, le clan de Musaylima le faux prophète. Lorsque Muhammad ibn Sa‘ûd décéda en 1765, ce fut son fils, ‘Abd al-‘Azîz qui assuma sa charge. Lorsque M. ibn ‘Abd al-Wahhâb et ses alliers levèrent leur armée, afin de propager leur doctrine hérétique, par laquelle ils avaient jeté l’anathème sur la communauté musulmane, ils conquirent toutes les tribus à l’Ouest, les unes après les autres, puis le Yémen, La Mecque et Médine et toutes les tribus du Hijâz ; leur empire s’étendit jusqu’aux portes de la Syrie.

Dès le début de leur expansion, ils chargèrent plusieurs de leurs savants de s’intégrer à leurs homologues des Lieux saints, afin de corrompre leurs convictions et, par le mensonge, répandre la suspicion dans leurs rangs. Quand ils eurent exposé leur doctrine aux savants des Lieux saints, ceux-ci eurent tôt fait de relever leurs innombrables incohérences et arguments ridicules, mais surtout le nombre important d’anathèmes (takfîr) infondés. Après avoir défait leurs arguments, ils en informe officiellement la population. Les apostats furent arrêtés et emprisonnés, quelques-uns réussir tout de même à s’enfuir. À la suite de cela, les émirs de La Mecque leur interdirent de se rendre en pèlerinage. Les wahhabites se mirent alors à corrompre quelques tribus alliées de l’Émir de La Mecque, ce qui mit le feu aux poudres. Les hostilités entre les wahhabites et l’Émir de La Mecque, le Sharîf Ghâlib, débutèrent en 1791. De nombreuses batailles eurent lieu, faisant un nombre important de victimes. Cependant, leur puissance ne cessa de s’accroître et leurs innovations de se répandre, jusqu’à ce que la plupart des bédouins et sédentaires traditionnellement alliés de l’Émir de La Mecque, soient tombés sous leur joug.

Durant le mois de dhu-l-qa‘da 1802, ils levèrent une armée importante puis, après avoir assiégé Tâ’if, ils envahirent la ville, tuèrent ses habitants, hommes, femmes et enfants ; très peu d’entre eux survécurent [au génocide]. Ils s’emparèrent ensuite de tous leurs biens. Ils se dirigèrent ensuite sur La Mecque. Se sachant impuissant face à une telle armée et sentant ses jours menacés, le Sharîf Ghâlib se réfugia à Djedda. Les Mecquois redoutant de subir le même sort que celui des gens de Tâ’if, envoyèrent des émissaires, afin qu’il ne soit fait aucun mal aux habitants de la ville. Ils le leur accordèrent et entrèrent à La Mecque le 8 muharram 1803. Ils y demeurèrent 14 jours, durant lesquels ils invitèrent les gens à se repentir et à réformer, selon leur credo, leur Islam ! Puis, au mois de Rabi‘ al-Awwal de cette même année, le Sharîf Ghâlib quitta Djedda en compagnie du gouverneur de la ville et son armée, ils investirent La Mecque et en expulsèrent la garnison wahhabite stationnée dans la ville. Le Sharîf Ghâlib fut rétabli dans ses fonctions. Pour l’heure, les wahhabites renoncèrent à envahir La Mecque. Ils continuèrent à combattre les tribus situées dans ses alentours et à Tâ’if. Il continua à combattre les tribus résidant aux alentours de La Mecque et Médine jusqu’à ce qu’il ait conquis la totalité des tribus ayant été sous l’autorité de l’Émir de La Mecque.

En 1805, les wahhabites levèrent de nouveau leur armée pour envahir La Mecque. Ils encerclèrent la ville et l’assiégèrent. Le blocus de la ville fut tel, que pour survivre, ses habitants affamés mangèrent des chiens. Contraint, le Sharîf Ghâlib capitula. Des médiateurs déterminèrent alors avec eux les conditions de leur reddition, laquelle stipulait qu’il ne serait fait aucun mal aux Mecquois et que l’administration de La Mecque resterait aux mains du Sharîf Ghâlib. Les envahisseurs acceptèrent et vers la fin du mois de dhu-l-qa‘da 1805, ils investirent La Mecque. Ensuite, ils envahirent Médine, que les meilleures prières et salutations soient sur son Hôte [Muhammad] (P), ils s’emparèrent de tous les biens et de tout l’argent entreposé dans l’enceinte de la Tombe du Prophète et profanèrent ce lieu par leur comportement arrogant. Ils quittèrent la ville après avoir désigné un émir pour la gouverner. Leur diktat sur les Lieux saints dura encore sept ans. Durant cette période, ils interdirent aux Égyptiens et aux Syriens de se rendre au pèlerinage, ils revêtirent aussi la Ka‘ba d’un drap noir. En 1811, un décret émanant de la Porte (Empire Ottoman) ordonna au gouverneur d’Égypte, Muhammad ‘Alî Pâsha, de se préparer à combattre les wahhabites ». Muhammad ‘Alî Pâsha confia à son fils Tûsûn Pâsha, le commandement d’une armée importante avec pour mission d’éradiquer la secte wahhabite. Tûsûn quitta l’Égypte à la tête de son armée durant le mois de ramadan 1811. Sonne alors le déclin de la première dynastie wahhabo saoudienne.

Les trois dynasties wahhabites

Première dynastie

La première, de 1745 à 1818, est celle que nous venons d’évoquer. Durant cette période les Sa‘ûd seront les instruments de la doctrine d’Ibn ‘Abd al-Wahhâb, son bras armé. Peu à peu, la tendance s’inversera et les ambitions du politique l’emporteront sur l’obscurantisme du religieux.

Deuxième dynastie

La seconde, de 1818 à 1891, fut une période durant laquelle la famille Sa‘ûd n’exerça sa domination que sur le centre de l’Arabie, avec Riyad pour capitale ; partagée entre, des luttes intestines afin de s’approprier un pouvoir en déconfiture et des meurtres fratricides pour le conserver.
Cependant, grâce au soutien des Ottomans, les Rashîd, principaux adversaires des Sa‘ûd, parvinrent peu à peu à vaincre l’armée wahhabite et à s’emparer des territoires restés sous leur domination. Contraints à l’exile, les Sa‘ûd se réfugièrent au Koweït.

Troisième dynastie

En 1901, ‘Abd al-‘Aziz ibn ‘Abd ar-Rahmân ibn Faysal ibn Sa‘ûd, (1887- 1953) alors âgé de vingt ans, parvint à reconquérir Riyad, grâce au soutien des Anglais et du célèbre Thomas Edward, « Lawrence d’Arabie ». Peu à peu, il finit par reconquérir tout le Najd et la région du Hasa. En 1920, il s’empara de la région de l’Asîr. En 1924 ses troupes envahirent La Mecque et en 1925 Médine et Djedda. Le 8 janvier 1926, il se fit proclamer roi du Hijâz et, le 29 janvier 1927, fut officiellement constitué « Le royaume du Hijâz, du Najd et de ses dépendances », lequel devint le 21 septembre 1932 « le Royaume d’Arabie Saoudite ».

Les savants du najd

Les descendants de Muhammad ibn ‘Abd al-Wahhâb les « Ahl ash-shaykh » sont quant à eux très présents dans les affaires religieuses et politiques du royaume et tout autant, mais de façon beaucoup plus discrète, dans les finances. Ils cogèrent la dynastie depuis sa création ; leur vocation première étant de pérenniser le mythe et la doctrine de leur aïeul. La Loi musulmane exigeant des régnants qu’ils soient musulmans, Hashémites, saints d’esprit et incorruptibles, c’est par le biais de ce mythe et des fatwas de complaisance des savants du Najd que les Sa‘ûd ont assis et légitimé leur dynastie.

Le Prophète (P) a dit : « Les savants sont les dépositaires de la science des Prophètes ; cela tant qu’ils ne fréquentent pas le sultan et ne s’impliquent pas dans les affaires de ce monde. En fréquentant le sultan et en s’impliquant dans les affaires de ce monde, ils trahissent les Prophètes. Dès lors, éloignez-vous d’eux et méfiez-vous d’eux. » – « Méfiez-vous de ceux qui courtisent les riches, des savants au service des émirs, et des lecteurs du Coran qui le récitent dans les marchés. » – « Celui qui pour plaire au sultan, fera ce qui déplaît à Allâh, quittera la religion d’Allâh. »
Le rôle des autorités religieuses du royaume fut avant tout d’avaliser les décrets de leurs dirigeants et de les présenter aux musulmans comme étant des impératifs religieux, comme: la destitution des Hashémites, la prise de La Mecque, de Médine ou plus récemment, en 1979 l’intervention des gendarmes français du GIGN dans l’enceinte du Harâm de La Mecque afin d’en déloger al-Jahîmân et ses partisans puis, en 1987, durant le pèlerinage, le mitraillage par la police saoudienne d’une centaine de pèlerins iraniens, mais surtout, en 1990, et presque autant en 2003, la présence d’un demi million de GIs américains sur les Lieux saints de l’Islam afin d’envahir l’Irak ; c’est à partir de l’une des quatre bases US stationnées en Arabie Saoudite, que l’aviation israélienne Tsaal, décolla, durant la première Guerre du Golfe, pour bombarder l’Irak.

Il est important de préciser que les savants et hauts dignitaires religieux wahhabites ne sont pas rémunérés par le Trésor public, comme la Loi l’exige, mais par le roi, ce qui en plus d’être illégale n’est pas sans incidence sur le train de vie de ces messieurs et, comme chacun l’aura compris, sans contreparties. Chercher à dissocier les savants wahhabites des Sa‘ûd, pour les disculper, c’est oublier que c’est grâce à leurs fatwas que les Lieux saints de l’Islam ne sont plus gérés par les descendants du vrai Prophète, mais par ceux du faux, et qu’à ce jour aucun d’eux n’a contesté leur légitimité à gouverner. Bien au contraire, les largesses de sa majesté le roi, dont ils ne manquent jamais de vanter « la piété religieuse » dans les prêches du vendredi, a su acheter non seulement leur silence, mais aussi leur foi !

La fatwa du Diable : une fatwa est un avis juridique que le savant émet, en dernier recours, pour répondre à un problème précis, non stipulé ou suffisamment expliqué par le Coran et la Tradition ; il peut avoir valeur de décret. Elle ne peut en aucun cas contredire un Texte. Le mufti, seul habilité à la promulguer, n’est pas un savant ordinaire, car en plus de ses connaissances exceptionnelles, il doit être irréprochable dans tout ce que la Tradition coranique et prophétique exigent, comme la piété, l’ascétisme, l’impartialité, l’intégrité. Ses orientations ne doivent en aucun cas être dictées par des intérêts profanes et ses fatwas promulguées pour légitimer ce qui est textuellement interdit par Allâh, Son Messager et toute la communauté des exégètes et des juristes.

Le Prophète (P) a dit : « Je crains pour ma communauté la parution d’imams dévoyés et que contre elle on brandisse le glaive pour ne plus l’en retirer jusqu’au Jour dernier. L’Heure n’aura pas lieu tant que des tribus de ma communauté n’aient rejoint les polythéistes. » – « […] De sa postérité naîtront des gens, ils liront le Coran, mais il ne dépassera pas leurs gorges. Ils quitteront l’Islam à la vitesse avec laquelle une flèche transperce une proie. Ils tueront les musulmans et épargneront les polythéistes. S’il m’était donné de vivre à leurs époques je les aurais exterminés comme le furent les ‘Adîtes. » Une fatwa était elle juridiquement légale, pour permettre aux wahhabo saoudiens d’autoriser des nations étrangères à s’installer en Arabie et se joindre à eux pour combattre d’autres musulmans ? Le Coran répond que non !
Vous qui avez cru, ne prenez pas les juifs et les chrétiens pour alliés. Ils sont alliés les uns des autres. Quiconque parmi vous s’alliera avec eux deviendra l’un des leurs. Allâh ne met pas les injustes sur la bonne voie. Tu verras ceux dont le coeur est miné par une maladie rivaliser de vitesse en se rendant auprès d’eux. Ils disent en guise d’excuse : Nous redoutons d’être victimes d’un revirement du sort. (Coran 5/51, 52). Par ces nobles versets, Allâh interdit formellement à Ses serviteurs musulmans de pactiser avec les juifs et les chrétiens considérés, du fait de leur impiété, comme des ennemis de l’Islam et des musulmans. Il nous informe également qu’ils sont bannis et promet, menaçant, le même sort à tous ceux qui se rendraient coupables d’une telle compromission.

Le Prophète (P) a dit : « Expulsez les polythéistes de la Péninsule arabique » – « Insulter un musulman est scélérat ; le combattre c’est apostasier. »

Muhammad ibn 'abd al-wahhab

Muhammad ibn ‘Abd al-Wahhâb (1703/1791), du clan des Banû Tamîm, naquit dans le Najd, dans la localité d’al-‘Uyayna, à 44 Km au nord de Riyad. Il quitta le Najd pour des voyages d’études à l’étranger. Pendant une année, il attira les étudiants comme représentant du soufisme, ensuite il alla à Kumm après quoi il se fit l’avocat de l’école d’Ibn Hanbal. À son retour dans sa province natale il exposa ouvertement sa doctrine. » Il s’agissait pour lui, disent les wahhabites, de purifier les convictions religieuses des gens du Najd et d’assainir leurs moeurs qui, disaient-ils, étaient corrompues par les diverses traditions héritées des sectes ayant occupé cette région.

Son père et son frère, le shaykh Sulaymân ibn ‘Abd al-Wahhâb, étaient des hommes vertueux et savants. Très tôt, ils pressentirent qu’avec lui paraîtraient la déviation et l’égarement. Témoins de ses propos bellicistes, de son comportement asocial et de son antagonisme prononcé sur de nombreux sujets, ils dénoncèrent sa perfidie et mirent les gens en garde contre lui. Allâh confirma leur pressentiment, lorsque Muhammad ibn ‘Abd al-Wahhâb propagea ses élucubrations déviationnistes et dévastatrices par lesquelles, au détriment des imams en religion, tant d’ignorants se sont égarés. Pour cela il eut recours à la condamnation par l’anathème (takfîr) des croyants. Il prétendait que se recueillir sur la Tombe du Prophète, que son intercession, celle des autres prophètes, des saints et des gens vertueux, que se rendre sur leurs tombes était de l’associationnisme (shirk), qu’utiliser le vocatif [Ô Muhammad] l’était également, qu’attribuer, même au sens figuré, un bienfait à un autre qu’Allâh, était de l’associationnisme, comme le fait de dire : “Ce médicament m’a fait du bien !” ou bien encore : “L’intercession par tel saint, m’a été bénéfique.” Il élabora des théories fallacieuses et enjolivées avec lesquelles il trompa le commun des gens. Tous ses adeptes finirent par être convaincus que la majorité des musulmans étaient des apostats (kuffâr) !

De nombreux maîtres ayant instruit Ibn ‘Abd al-Wahhâb et résidant à Médine, disaient de lui : « Il se perdra ou, par lui, Allâh perdra ceux qui le soutiendront et le prendront pour compagnon », et il en fut ainsi. En élaborant cette doctrine, il prétendait revivifier les valeurs du Dogme du Tawhîd et le préserver de l’associationnisme, car, disait-il, depuis six cents ans les gens étaient revenus à l’associationnisme et qu’il lui fallait assainir leurs convictions religieuses. Pour se faire, il appliqua aux Gens du Tawhîd, des versets révélés à l’intention des associateurs.

La subversion wahhabite fut un fléau, de ceux qui marquèrent considérablement la communauté musulmane. Ils tuèrent aveuglément et spolièrent les biens des gens. Leur insurrection se répandit et leur hérésie se propagea. Dans de nombreux hadiths, le Prophète a prédit cette subversion, par exemple celui rapporté par al-Bukhârî et dans lequel le Prophète (P) a dit : « “De l’Est, paraîtront des gens, ils liront le Coran, mais il ne dépassera pas leurs gorges. Ils quitteront l’Islam à la vitesse avec laquelle une flèche transperce une proie. Ils ne reviendront pas à l’Islam tant que la flèche n’aura pas regagné son encoche.” On demanda : “À quoi les reconnaîtra-t-on ?” Il répondit : “Leur signe distinctif sera qu’ils se raseront le crâne. ». Il est important de noter que le Prophète a dit qu’ils se raseront le crâne, car il était ordonné à tous les dévots wahhabites de se raser la tête. Malgré les très nombreux hadiths authentiques, il leur était également interdit de solliciter l’intercession du Prophète, de lire le livre Dalâ’il al-khayrât, lequel comprend de très nombreuses prières sur le Prophète et éloges de la perfection de ses qualités. Ils disaient que tout cela était de la mécréance.

Le Prophète (P) a dit : « À la fin des temps, paraîtront des gens, leurs dents seront belles et leurs raisonnements stupides. Ils diront le bien comme le disent les gens vertueux, leur foi ne dépassera pas leurs gorges et ils quitteront la religion à la vitesse avec laquelle une flèche transperce une proie. » Dans ce hadith dont les versions sont nombreuses, il ne peut pas s’agir des khârijîtes, comme on le prétend trop souvent, car le Prophète précise que ces gens paraîtront à la fin des temps. Par conséquent, ce signe distinctif ne peut que s’appliquer aux wahhabites, puisqu’ils sont les seuls, à s’être rasé le crâne. Cette pratique est encore en usage parmi eux.

Sulaymân, le frère aîné de Muhammad ibn ‘Abd al-Wahhâb, fut l’un des premiers à consacrer un ouvrage à la réfutation des théories de son frère. Dans son livre intitulé « Les foudres divines sur les thèses wahhabites » il se montre très virulent dans sa condamnation de cette doctrine et, en s’adressant directement à son frère, il réfute les uns après les autres tous ses arguments. Sulaymân ibn ‘Abd al-Wahhâb, son frère dit de lui : « Aujourd’hui les gens sont éprouvés dans leur foi par celui qui prétend se référer au Coran et à la Sunna et fonder ses théories à partir des sciences qui en découlent, sans s’interroger sur le bien-fondé des arguments de ses objecteurs. Et quand on l’invite [à en débattre] devant les savants il refuse.Pire encore, il contraint les gens à obéir à ses ordres et à adopter ses opinions, reléguant au rang d’incroyants tous ceux qui s’y refusent. Cela alors qu’il n’y a pas en lui la moindre des qualités requises pour exercer la jurisprudence, ne serait-ce que le dixième d’une seule d’entre elles. Malgré cela sa doctrine a emporté l’adhésion de nombreux ignorants « Nous sommes à Allâh et vers Lui nous retournerons. » La communauté tout entière l’interpelle d’une seule et même voix ; pas une seule ne trouve grâce à ses yeux. Au contraire, tous sont pour lui des incroyants (kuffâr). Seigneur, ramène cet égaré sur le droit chemin. »

M. Ibn ‘Abd al-Wahhâb fit brûler le livre Dalâ’il al-khayrât, sous prétexte que son auteur [Muhammad al-Ghazûlî m.1441] fit précéder le nom du Prophète des superlatifs Sayyidinâ [seigneur] et Mawlânâ [maître]. Il désapprouva également les invocations en faveur des sultans dans les prêches du vendredi et considérait que la prière sur le Prophète était en ce jour une innovation. »
On rapporte même que M. Ibn ‘Abd al-Wahhâb se rendait sur la Tombe du Prophète et qu’il frappait dessus avec son bâton en disant : « Ô Muhammad ! Lève-toi si tu es vivant ! » Qu’Allâh nous préserve de cela, afin de démontrer à ses adeptes, que [contrairement au hadith : « Les prophètes sont vivants dans leurs tombes (Abû Ya‘lâ) »] Muhammad était bien mort et que par conséquent il était inutile de s’adresser à lui. »Il détruisit lui même la tombe de Zayd ibn al-Khattâb, le frère du deuxième calife, et avec ses adeptes, tous les mausolées d’al-‘Uyayna et de ses environs. Cette frénésie le porta plus tard, avec ses partisans, au Hijâz où ils firent de même.

De nos jours, les wahhabites ne cessent de se réclamer des théories d’Ibn Taymiyya. Ils furent encore plus stricts que lui sur certains points et d’une extrême rigueur sur les interdits. Les wahhabites ne se satisfaisaient pas de simples prêches ; ils faisaient la guerre pour imposer leurs opinions, afin de combattre ce qu’ils considéraient comme des innovations. Lorsqu’ils prirent le pouvoir, ils détruisirent les tombes de tous les Compagnons et les constructions alentour. Leur conception des innovations (bid‘a) était étrange, à tel point qu’ils prétendaient que les draps [brodés] recouvrant le Mausolée du Prophète étaient une innovation. C’est pour cette raison qu’ils en interdirent le remplacement ; ils les laissèrent ainsi jusqu’à ce qu’ils devinrent usés et râpés. Par-dessus tout, il en est qui parmi eux considèrent l’expression : Sayyidinâ Muhammad, comme une innovation et qu’il n’est pas permis de la dire ! Ils se montrèrent très virulents dans sa condamnation. »

La doctrine de Muhammad ibn 'abd al-wahhab

Parler de principes fondamentaux propres à la doctrine wahhabite n’est pas possible puisqu’il n’y en a pas ! Si ce n’est ceux empruntés à d’autres sectes, en particulier le khârijîsme.
En réalité, le wahhabisme est une énième faction khârijîte. En effet, toutes les factions khârijîtes ont en commun deux principes fondamentaux : celui de l’imâma et celui du pécheur. La secte kharijite est régie par deux principes directeurs. Le premier est celui de la filiation spirituelle, laquelle unit, par ce lien virtuel, tous ceux qui adhèrent à leur credo religieux. Selon eux, le simple fait de prononcer l’attestation de foi n’est pas un gage de crédibilité suffisant, le dévot doit également prouver, par des actes, que ses convictions sont en conformité avec leur doctrine. Le second principe est son antithèse : l’anathème (barâ’a) applicable à tous ceux qui ne sont pas des leurs. Dans ce cas, certaines factions, comme les azrakîtes, exigent que leurs détracteurs soient dépossédés de leurs biens et mis à mort.

Telle est implicitement l’opinion d’Ibn ‘Abd al-Wahhâb qui déclare : « Il est indéniable que le Dogme du Tawhîd doit être affirmé par le coeur, la langue et les actes. Si un seul de ces critères fait défaut chez une personne, il ne peut être considéré comme un musulman. S’il connaît le Dogme, mais ne le met pas en pratique, il est alors un mécréant, un négateur comme Pharaon, le Diable et leurs semblables. » Il dit encore : « Le Prophète (P) a dit : « Celui qui dira : Il n’est pas d’autre divinité qu’Allâh et qui dénigrera tout ce qui est adoré en dehors de Lui, ses biens et son sang sont sacrés et son devenir incombe à Allâh. » [Ce hadith] est un des commentaires les plus explicites de la signification de : Il n’est pas d’autre divinité qu’Allâh, car il n’est pas dit que la simple formulation [de l’attestation de foi] suffit à protéger les biens et le sang de son locuteur, au contraire ! Pas plus que le fait de la prononcer ne protège celui qui en connaît la signification, au contraire ! Pas plus que le fait d’agréer cette formule, au contraire ! Pas plus que le fait qu’il prétende n’invoquer qu’Allâh et ne rien lui associer, au contraire ! Non, ses biens et son sang ne seront pas sacrés tant qu’il n’aura pas dénigré tout objet d’adoration autre qu’Allâh. S’il doute ou s’il hésite à le faire, ses biens et son sang ne seront pas sacrés. » Hormis le fait qu’Ibn ‘Abd al-Wahhâb confonde objet de dévotion et objet de vénération, son interprétation de ce hadith est erronée, car Allâh a interdit de se saisir des biens d’un musulman et de le tuer pour bien moins que cela !

Quiconque tue intentionnellement un croyant, sa rétribution sera l’Enfer, pour y demeurer éternellement. Allâh l’a frappé de Sa colère, Il l’a maudit et lui a préparé un énorme châtiment. Ô croyants ! Lorsque vous sortez pour lutter dans le sentier d’Allâh, soyez attentif et ne dites pas à quiconque vous adresse le salut : “Tu n’es pas croyant”, alors que vous convoitez les biens d’ici bas (Coran 4/93,94)

Quant au Prophète (P), il s’est montré tout aussi intransigeant à l’égard de ceux qui portent atteinte à la vie et aux biens des membres de sa communauté, et il a dit : « Le véritable musulman, est celui dont les musulmans n’ont à redouter ni le préjudice de la langue ni le dommage de la main. » Dans l’une des nombreuses versions du hadith sur l’interlocuteur insolent du Prophète, le récit se termine comme suit : « […] Puis, [l’insolent] s’en retourna. Khâlid ibn al-Walîd dit alors : “Ô Messager d’Allâh ! Ne devrais-je pas lui trancher la gorge ?” Il répondit : “Non, peut être est-il quelqu’un qui fait la prière.” Khâlid lui dit : “Combien de gens qui prient disent avec leur langue, ce qu’il ne portent pas dans leur coeur !” Le Prophète répondit : “On ne m’a pas ordonné de fendre le coeur des gens, ni de leur ouvrir le ventre .” » – « Il m’a été ordonné de combattre les gens jusqu’à ce qu’ils attestent qu’il n’est pas d’autre divinité qu’Allâh et que Muhammad est le Messager d’Allâh. S’ils le disent, prient comme nous, s’orientent vers la même qibla que nous, sacrifient [les animaux] comme nous le faisons, dès lors, leur sang et leurs biens deviennent sacrés, excepté quand ils sont requis par le droit [meurtre, adultère, etc.]. Pour le reste, Allâh les jugera. »

Mais les affinités kharijites d’Ibn ‘Abd al-Wahhâb ne se limitent pas à cela. Son ignorance des convictions des Compagnons n’a d’égale que son ignorance du Livre d’Allâh et de la mission de Son Messager (P). En effet, ‘Alî disait des khârijîtes : « D’une parole de vérité [le Coran] ils [les khârijîtes] édifient le faux. » Quant à Ibn ‘Umar, il les considérait comme les pires des créatures et disait d’eux : « Ils transposent aux croyants, des versets révélés à l’intention des incroyants. »

La Bibliographie de Muhammad ibn 'abd al-wahhab

Sur les sept livres qui lui sont attribués, deux seulement – en réalité des fascicules de quelques pages – semblent avoir la faveur de ses sympathisants : Kitâb at-tawhîd et Thalâthat-al-usûl ; des fascicules dignes d’un petit écolier où l’on peut lire des sentences que l’on a du mal à attribuer à un savant, par exemple : « Il est interdit à quiconque s’en remet à l’autorité du Prophète et proclame l’Unicité d’Allâh de prendre pour alliés ceux contre qui Allâh et son Prophète se sont courroucés, cela quelque soit les liens qui vous unissent à eux. La preuve est le verset : "Tu ne trouveras point de gens croyant en Allâh et au Jour dernier se liant d’amitié avec ceux qui sont hostiles à Allâh et à Son Envoyé, fussent-ils leurs pères, leurs fils, leurs frères ou des membres de leurs clans" (Coran 59/22) ou bien encore : « Si on te demande qui est ton Seigneur, répond : “Mon Seigneur est Celui qui, par Ses bienfaits, régit mon existence et celle de toute la création. Il est Celui à qui je voue mes dévotions et je n’ai point d’autre dieu que Lui. La preuve est le verset : Louange à Allâh, Maître des mondes (Coran 1/2). Tous ses ouvrages sont construits de cette façon : Il faut faire la prière et payer l’impôt ! La preuve est le verset : Coran 98/5. Il faut jeûner le mois de ramadan ! La preuve est le verset : Coran 1/183 etc...

N’importe quel musulman, lisant régulièrement le Coran, peut en faire autant. Il lui suffit pour cela de se reporter à la table des matières des livres de hadiths ou de jurisprudence, de relever un interdit ou une obligation et de rechercher le verset correspondant, et c’est exactement ce qu’il a fait. Son principal handicap restant avant tout son incapacité à établir le moindre lien entre l’esprit et la lettre de la Révélation. L’aversion que l’on prête à Ibn ‘Abd al-Wahhâb envers le Prophète Muhammad est, « peut-être » exagérée, cependant certains indices témoignent d’un certain dédain vis-à-vis de sa Personne (P). En effet, tous les livres des auteurs musulmans débutent invariablement par la mention du Nom d’Allâh (basmala) suivi de la prière sur le Prophète, sa Famille et ses Compagnons. Tous les livres, sauf les siens ! Dans le fascicule Kitâb attawhîd, nous lisons : « Kitâb at-tawhîd, Au Nom d’Allâh, le Clément, le Miséricordieux, Allâh a dit […]. » Dans al-Usûl ath-thalâthâ et le Kashf ash-shubuhât : « Au Nom d’Allâh, le Clément, le Miséricordieux, sache que […] » etc...

Kitâb at-tawhîd, comme son nom l’indique, ce type d’ouvrage est exclusivement réservé à Allâh. Les savants autorisés à les composer y commentent la signification de Ses Noms et de Ses Attributs, l’immunité des Prophètes face à l’erreur et leur impeccabilité. Ils y réfutent parfois la thèse mu‘tazilite du Coran créé et celles des autres sectes sur la prédestination, le libre arbitre, la vision d’Allâh au Paradis etc. Dans celui de monsieur Ibn ‘Abd al-Wahhâb aucun de ces sujets n’est abordé. Rien, car il a tout simplement confondu les Attributs du Créateur avec les erreurs de Ses créatures. Il dresse, dans ce livre, un inventaire de son cru des choses à faire ou à ne pas faire pour ne pas tomber sous le couperet de son sabre et ne pas se faire déposséder de ses biens. Nous espérons que les quelques extraits de ce fascicule que nous avons cités précédemment, suffiront à renseigner le lecteur sur l’utilité de cet ouvrage et la pertinence de son auteur.

Thalâthat al-usûl, ce fascicule est, comme tous les autres, d’une naïveté déconcertante. Plutôt que de nous étendre sur sa composition, nous avons préféré traiter d’un sujet en particulier : la prophétie d’Adam, que monsieur Ibn ‘Abd al-Wahhâb dénigre dans cet ouvrage et dans le Kashf ash-Shubuhât. Chacun sait que si la Sunna de notre bien-aimé Prophète Muhammad est relativement tolérante et offre une certaine souplesse, quand elle est bien comprise, il n’en va pas de même pour les convictions religieuses (‘aqîda) du musulman. Il est une donnée théologique sur laquelle aucun juriste ne diverge et sur laquelle tous les savants dignes de ce nom sont unanimes, c’est le respect inconditionnel des six piliers de la foi qui, comme les cinq piliers de l’Islam, ne tolèrent aucune remise en cause. Elle consiste à croire en Allâh, en tous Ses anges, en tous Ses livres, en tous Ses Messagers, au Jour du jugement et au destin.

L'historique du hadith

De nos jours, la publication d’ouvrages autrefois réservés aux spécialistes, a conduit de nombreux radicaux musulmans à s’immiscer dans les conclusions des plus éminents maîtres en science du Hadith, les conduisant peu à peu à assimiler le hadith faible à l’inacceptable, et à ne considérer comme recevables que les seuls hadiths rapportés par al-Bukhârî et Muslim et, pour les autres traditionnistes, ceux avalisés par Albânî. La notoriété de ce dernier repose essentiellement sur deux critères : la médiatisation de ses travaux par les Saoudiens et l’ignorance de ses adeptes de ce que sont les principes fondamentaux qui régissent les sciences islamiques, en particulier celle du Hadith et de son histoire.

Le Prophète (P) a dit : « N’écrivez rien de ce que je dis ; excepté ma dictée du Coran. Que celui qui a mis mes paroles par écrit les efface. » Dans un premier temps, le Prophète avait interdit que ses paroles soient mises par écrit, de crainte qu’elles ne soient confondues avec le texte du Coran. Cette disposition fut ensuite abrogée. Le texte du Coran étant parfaitement connu des Compagnons, la méprise devint impossible, mais rien ne fut compilé avant le premier siècle de l’Hégire.
‘Abd Allâh ibn ‘Amr rapporte : « J’avais pour habitude de mettre par écrit tout ce que le Prophète (P) disait. Les Qurayshites me blâmèrent prétextant que, comme tout un chacun, le Prophète pouvait se prononcer sous l’emprise de la colère ou de la joie. Retenant ma plume, je m’en remis au Prophète qui, désignant sa bouche de son doigt, déclara : “Écris ! Car je jure par Celui qui tient mon âme entre Ses Mains, que rien n’en sort qui ne soit vérité. ” » Les choses restèrent ainsi sous le califat des quatre premiers califes. Ce fut ‘Umar ibn ‘Abd al-‘Azîz (m.101/720) qui, le premier, ordonna et officialisa la mise par écrit des hadiths. Il demanda à l’émir de Médine, Abû Bakr ibn Hazam et aux gouverneurs de toutes les provinces musulmanes de consigner dans des manuscrits, tout ce qu’il était permis de recueillir concernant le Prophète.

En raison du mode unique de conservation : « la mémoire », il fut facile à certaines factions politico-religieuses d’inventer et d’introduire de nombreux faux hadiths afin de légitimer leurs prétentions au pouvoir. Certains théologiens peu scrupuleux, eurent également recours à ce procédé, désireux de voir aboutir leurs théories. On finit par ne plus distinguer le vrai du faux. Pour se rendre crédibles, certains allèrent même jusqu’à apprendre par coeur d’authentiques isnâds. Dès les premiers siècles de l’Hégire, une génération exceptionnelle de savants, comme les imams Mâlik, ash-Shâfi‘î, Ahmad ibn Hanbal, al- Bukhârî, Muslim, at-Tirmidhî, etc. vont considérablement épurer la Tradition de tous ces apocryphes. Cette entreprise durera sans relâche jusqu’au 9e siècle de l’Hégire ; époque où l’on procèdera à un regroupement et un recoupement de toutes les donnés de la Tradition, augmentées de tout ce qui avait pu échapper aux premières générations de spécialistes, tout cela sous l’égide de maîtres doctes, comme Ibn Kathîr, Ibn Hajar, Ibn Salâh, adh-Dhahabî, as-Suyûtî etc. Ce travail de longue haleine aura pour premier mérite d’avoir recensé et porté à la connaissance de la communauté musulmane tout ce que le Prophète et ses Compagnons avaient pu dire, faire et avaliser, mais aussi de lui faire oublier ou ignorer tout ce qui ne pouvait leur être imputé ; à tel point que même les hadiths authentiques qui n’ont pas été recensés avant cette époque sont définitivement perdus. De fait, si d’aventure un « nouveau grand spécialiste » voulait composer sa propre compilation, il lui serait absolument impossible de recenser le moindre hadith qui ne figurerait pas déjà dans l’un de leurs ouvrages ; nos maîtres ayant définitivement mis la Tradition à l’abri de ce type d’initiatives.

Le hadith acceptable fait quant à lui l’objet d’une classification régissant de façon dégressive son utilisation ; depuis le hadith authentique (sahîh) au hadith de faible fiabilité (da‘îf). Les juristes retiendront en priorité le hadith authentique puis, à défaut, le satisfaisant (hasan) et ainsi de suite jusqu’au faible. L’utilisation d’un hadith acceptable ne peut être remise en cause que par plus authentique que lui. Le cas échéant, les juristes procéderont à un effort de réflexion (ijtihâd) en essayant de comparer le problème auquel ils sont confrontés à un événement similaire puis, si le problème ne peut être résolu par analogie (qiyâs), ils promulgueront en dernier recours un avis juridique (fatwa).

L’étude de l’isnâd est, sans aucun doute, la discipline la plus difficile à maîtriser, le maître devant réunir une somme de connaissances hors du commun. Rares sont ceux, parmi les nombreux savants que compte notre communauté, à avoir parfaitement maîtrisé cette discipline. Ils furent néanmoins en nombre suffisant pour assurer au Coran et au Hadith leur pérennité. L’étude de l’isnâd est en effet une discipline commune au Coran et au Hadith. Elle consiste à établir avec une précision irréfutable : l’intégrité, l’identité et la généalogie de tous les rapporteurs du hadith, mais aussi à vérifier avec une impartialité exemplaire, plusieurs autres éléments, afin de mettre en évidence, soit une anomalie de comportement (jarh) venant discréditer le rapporteur, soit établir sa crédibilité en discréditant par des preuves ses détracteurs afin de le réhabiliter (ta‘dîl). Le premier à avoir composé un ouvrage complet consacré à cette recension fut l’imam al- Bukhârî qui, très tôt, à 18 ans, composa son Tarîkh al-Kabîr, il fut honorablement imité par de nombreux autres savants comme Ibn Hajar, adh- Dhahabî, etc. De très nombreux Compagnons ayant eux-mêmes eu plusieurs disciples, le nombre de rapporteurs sera multiplié d’autant. Le problème se répétant à chaque fois que l’un d’eux transmettra à ses disciples le même hadith ; d’où la difficulté d’identifier chacun des intéressés.

Du manuscrit à l’édition

La transmission orale fut, jusqu’au 13e siècle de l’Hégire, le principal moyen de diffusion. Pour les maîtres, les sciences religieuses doivent être inscrites dans les mémoires. De même que pour eux, le seul argument juridique valable est « l’audition ». Pour être validé, un hadith doit avoir été transmis de vive voix d’un shaykh à son élève. Comme pour toutes les autres disciplines, ce dernier recevra de son maître une licence (ijâza) l’autorisant à transmettre, en son nom, l’enseignement reçu. Concernant les traces écrites de leurs connaissances, les maîtres avaient, selon leur savoir et leur notoriété, des scribes auxquels ils dictaient tout ou partie d’une oeuvre. Une fois l’ouvrage terminé, le scribe relisait sa copie au maître, lequel la paraphait de sa main afin d’en attester l’authenticité. Ensuite, à partir de l’ouvrage paraphé, le même ou d’autres copistes transcrivaient l’original. Chaque nouvel exemplaire devant être à son tour certifié conforme à la copie du maître.

Jusqu’au 18e siècle, tous les livres étaient reproduits sous forme manuscrite. Le prix du papier, le temps extrêmement long pour recopier les livres de chaque ouvrage, ainsi que le faible pourcentage de lettrés, explique d’une part leur rareté, mais aussi certaines erreurs de copistes inévitables. En 1822, naissent en Égypte, dans les environs du Caire, les éditions Bûlâq ; premières maisons d’édition à imprimer des livres en langue arabe. La technologie de l’époque et le manque de personnel qualifié vont générer de nombreuses erreurs d’impression, obligeant un nombre considérable de correcteurs à inclure des errata dans les nouvelles publications.

Malgré l’énorme travail accompli, ce type de problème n’a pas totalement disparu. De nombreux ouvrages font encore l’objet de corrections. Les modifications apportées sont souvent obtenues en comparant diverses éditions et manuscrits. Certaines erreurs sont anodines, d’autres méritent des recherches plus approfondies. En tout état de cause, il est impossible à un véritable spécialiste chargé de la vérification d’un ouvrage, avant son édition, de procéder à sa correction sans évaluer au préalable le degré de fiabilité des manuscrits et éditions imprimées dont il dispose.

Le très grand spécialiste de la généalogie et de l’authentification des manuscrits, le shaykh Ahmad Muhammad Shâkir (m.1958) a utilisé pour ses travaux de correction du Jâmi‘ as-Sahîh d’at-Tirmidhî, sept éditions et manuscrits de l’ouvrage de ce maître, le plus ancien datant du 11e siècle. Chacun de ces sept ouvrages a fait de sa part l’objet d’un examen critique approfondi. Il a consacré, à l’intention des néophytes et des spécialistes, un paragraphe pour chacun d’eux ; détaillant avec beaucoup de minutie les qualités et défauts de ces précieux ouvrages.

La correction et l’authentification des manuscrits est sans aucun doute l’entreprise la plus ardue et celle qui demande le plus d’attention. Des milliers d’exemplaires de chaque oeuvre sont imprimés et vendus sur les marchés et dans les librairies et arrivent ensuite entre les mains des gens. En réalité, peu d’entre eux sont exempts d’erreurs. Le savant confirmé et l’étudiant appliqué les consultent, de même que le commun des gens, cultivés et ignorants. On trouve dans ces éditions hétéroclites des erreurs évidentes, des erreurs insidieuses, des mots manquants et des falsifications.

Les erreurs insidieuses vont troubler l’esprit du savant qui, un temps, va douter de ses connaissances. Inquiet, il va entreprendre de longues et fastidieuses recherches, dépenser beaucoup d’énergie et perdre un temps précieux avant de découvrir l’erreur imprimée ; victime de la plaisanterie du correcteur d’une imprimerie ou de l’acte délibéré d’un éditeur inculte qui, persuadé de la pertinence de son jugement, dénigrera celle de l’auteur du texte et, n’en faisant qu’à sa tête, le modifiera, comme s’il était possible qu’un tel individu puisse être doué de la moindre raison ! Il induira ainsi en erreur l’étudiant inexpérimenté, lequel, que son sujet soit simple ou compliqué, se fiera au livre en sa possession ; il en apprendra les erreurs et en fera sa raison ; à tel point qu’il éprouvera la plus grande difficulté à admettre une vérité contraire à ses enseignements.

Quels sont les livres susceptibles d’être entachés par de telles anomalies ? En réalité, toutes les oeuvres constituant le patrimoine religieux et culturel de l’Islam, comme les commentaires du Coran, les compilations de hadiths, de littérature, d’histoire, etc. Malgré cette profusion d’irrégularités, certains livres imprimés vont se distinguer du reste des autres publications. Ils ont été édités par les anciennes éditions Bûlâq, sous la direction de maîtres doctes dans l’authentification.

Nasir ad-din al-albani, le cenceur de la tradition

« Diverge et tu deviendras célèbre (khâlif tu‘raf). » Ce célèbre dicton arabe est depuis des siècles en Islam, l’apanage de tous les marginaux. Chaque fois que l’un d’entre eux désire se faire connaître ou s’attirer des sympathies, il se distingue en faisant resurgir des problèmes déjà résolus ou en érigeant ses fatwas contestables en vérités universelles. Avec quels manuscrits, avec quelles éditions Albânî a-t-il fait ses recherches ? Albânî ne livre aucune bibliographie, ni aucun renseignement sur l’origine de ses ouvrages de référence. Comment ne pas s’en inquiéter alors que de nos jours, la plupart des nouvelles éditions sont truffées de ses réflexions.

Les grands maîtres en science du Hadith utilisaient parfois l’expression technique « sous réserve » pour souligner une ambiguïté qu’ils n’étaient pas en mesure de résoudre. Comment, au 20e siècle, Albânî, qui n’a eu que des livres à interroger, aurait-il pu y parvenir ? En réalité, il se croit en phase aux mêmes problèmes que celui que connut le Hadith avant sa normalisation. Il n’a fait que recouper et regrouper des informations glanées, çà et là, dans des livres et déclarer : « Cela est authentique ! Cela ne l’est pas ! ».

Muhammad Nâsir ad-Dîn al-Albânî, [l’albanais], (1914-1999), est issu d’une famille musulmane. Son père quitta l’Albanie et s’établit avec toute sa famille à Damas. Son fils, Nâsir ad-Dîn al-Albânî fit ses études primaires à Damas. Sur les conseils de son père, il mit un terme à sa brève scolarité pour s’instruire auprès de lui, du Coran, de sa psalmodie, de l’arabe, de la jurisprudence selon l’école hanafite et le métier d’horloger. Il acquit le reste de ses connaissances auprès des amis de son père, dont le maître soufi Sa‘îd al-Burhânî. Très tôt, il organisa des débats dans diverses autres villes de Syrie, afin de faire valoir ses connaissances et militer contre l’existence des quatre écoles de jurisprudence. Suivant la mouvance «al-lâ madhâhbiyya» dont le principal leader était le shaykh d’obédience salafite, al-Qâsimî. Après quelques années mouvementées, il fut contraint de quitter discrètement la Syrie, non sans avoir purgé plusieurs mois de prison et que ses travaux aient été détruits. Il se rendit successivement au Liban, aux Émirats, en Arabie Saoudite et en Jordanie.

Dans toutes les biographies des savants musulmans, nous avons la généalogie de l’intéressé puis, invariablement, le nom de ses maîtres, celui de ses élèves et le titre de ses ouvrages. Concernant Albânî, à la place de ses maîtres nous trouvons ses voyages, ses entrevues et ses correspondances avec des savants. La liste est conséquente et les noms prestigieux ; la fin de la liste est consacrée aux noms de ses sympathisants et élèves. Rencontrer des savants ne signifie pas devenir l’un des leurs. Autrement dit, il a rencontré beaucoup de monde, mais n’a jamais rien étudié chez personne !

Le Prophète (P) a dit : « Celui qui sera mort sans que son instruction religieuse lui ait été dispensée par un maître sera mort comme un ignorant de la période préislamique. » ALbani obtint une licence en Hadith auprès du shaykh Râghib Tabbâkh, le plus grand savant d’Alep de son époque, suite à l’entretien qu’il eut avec lui par l’entremise du professeur Muhammad al-Mubârak. Ce dernier connaissait l’intérêt du jeune homme, Albânî, pour les sciences du Hadith et ses connaissances approfondies dans cette discipline. Quand le shaykh, Tabbâkh, fut convaincu, il lui légua sa licence, en considération de ses efforts. Râghib Tabbâkh multiplia ses entrevues avec Albânî. Le shaykh Tabbâkh ne dissimulait pas son émerveillement lorsque lui était conté avec quel enthousiasme l’adolescent s’adonnait à l’étude du Coran, de la Tradition et des sciences du Hadith. Il ne lui resta plus qu’à lui délivrer “une licence conforme à ses propres versions”. » Une authentique licence ne s’obtient pas sur les recommandations d’autrui ; en fait, Albânî n’a reçu qu’un certificat très en vogue à son époque. Dans sa revue ‘Uyûn al-Basâ’ir, le célèbre savant algérien d’obédience salafite, le shaykh Muhammad al-Bashîr al-Ibrâhîmî, s’éleva avec véhémence contre ce type de « licence conforme à ses propres versions », en particulier contre l’Albânî de son époque : ‘Abd al-Hayy al-Kattânî.

'Abd al-Hayy al-Kattânî dit de lui : « Il appartient à une tout autre catégorie de spécialistes du Hadith, ses rapporteurs sont les djinns, les démons, et tout colporteur calomniateur. Parmi ses prétendues qualités, il revendique celles d’avoir surpassé tout le monde, rencontré des hommes de science et hérité de toutes leurs licences. Puis, le virus de la réforme le frappa. Il se para, de façon surprenante, de tous les attributs du spécialiste du Hadith ; il devint en même temps conservateur et novateur ! Sa seule ambition, ainsi que celle de tous les obsédés de son espèce, fut de mémoriser des isnâds, d’accumuler des licences et de correspondre avec des savants en Inde et au Sind afin de les obtenir. Ils leur suffisaient de se rendre auprès de ceux qui, tel le pis d’une vache débordant de lait, s’adonnaient à la mémorisation frénétique des isnâds. Le savant lui disait : “Je te donne licence sur tout ce que j’ai cité, écrit et enregistré.” Quand le postulant ne pouvait pas se déplacer, il rédigeait un exposé et l’expédiait par la poste. Le « savant » recevait alors toutes les sciences du Hadith, pis encore, toutes les sciences profanes et religieuses, dans une carte postale ! Est-ce cela la science ? Non, par Allâh, c’est ce que l’on nomme la tradition des démons ! »

Telle est, dans le meilleur des cas la licence qu’Albânî a obtenue. Le plus probable étant qu’il n’ait jamais rien obtenu de personne. C’est du moins ce qui ressort de certaines contradictions. En effet, son biographe écrit : « Alors qu’il avait à peu près vingt ans, Albânî s’adonna à l’étude des sciences du Hadîth» Puis il cite un extrait de l’entretien du shaykh Muhammad al-Majdhûb avec Albânî qui déclare : « Mes premiers livres furent des livres d’aventures arabes, comme Zâhir, ‘Antara et le roi Sayf et d’autres semblables, puis des traductions de romans policiers comme Arsène Lupin et quelques autres. Il me vint ensuite un certain engouement pour les livres d’histoire. Un jour, alors que je regardais les revues exposées chez un marchand, je me mis à consulter un volet de la revue al-Manâr. Un article rédigé par as-Sayyîd Rashîd Ridâ attira mon attention. Il y examinait les qualités et défauts des sources d'une livre d’al-Ghazâlî. Pour la première fois, j’abordais la critique des hadiths sous cette forme scientifique. Cela m’interpella à tel point que je lus la totalité de l’article. »

De l’aveu même d’Albânî, c’est en consultant une revue qu’est née sa vocation et que pour la première fois, il aborda la critique des hadiths. Les seules méthodes d’investigations dont il disposait, jusqu’à l’âge de 20 ans, sont, de son propre aveu, celles « d’Arsène Lupin ! » Par conséquent, il n’a jamais été ce brillant adolescent nanti, dès son plus jeune âge, d’une licence. Toujours selon ce même biographe, il fréquenta la bibliothèque municipale az-Zâhiriyya chaque jour durant douze heures, avec une assiduité telle que les responsables finirent par lui accorder une salle pour lui seul. Le cursus de monsieur Albânî n’est pas celui d’un shaykh, mais celui d’un autodidacte.

Albani, le wahhabite, en réponse à la question : « Nous entendons dire beaucoup de choses sur le wahhabisme par exemple qu’ils désapprouvent la prière sur le Prophète, qu’ils ne se rendent jamais sur sa Tombe et que certains maîtres prétendent que le hadith : « Du Najd paraîtront les cornes du diable » est une prédiction du Prophète les concernant. Quelle est votre opinion ? Albânî répond : « Ce sont des idées préconçues nées d’une stratégie politique turque, [Ottomans] et organisée par eux, quand parut parmi la communauté des savants et des gens de bien, un homme originaire du Najd dénommé Muhammad ibn ‘Abd al-Wahhâb. Il prêcha ses concitoyens et les invita à revenir aux convictions saines du Tawhîd en vouant à Allâh un culte exclusif, sans rien Lui associer. Il instaura un état fondé sur le principe de ce qui est dicté par la volonté d’Allâh et trouva auprès de l’émir du Najd, Sa‘ûd, l’aïeul de la famille régnante actuelle, l’appui nécessaire. Ils se prêtèrent une assistance mutuelle, l’un par la science et l’autre par le glaive.

Le Prophète (P) a dit : « Quiconque entreprendra de s’instruire dans le seul but de rivaliser avec les savants, d’affirmer sa supériorité sur les ignorants ou de faire en sorte que l’attention des gens se porte sur lui, Allâh le précipitera dans le feu. » Mais la paranoïa d’Albânî le porta encore plus loin. Non satisfait d’avoir plagié l’oeuvre d’as-Suyûtî et sali sa réputation, il dénigre les conclusions et réfute les arguments des plus éminents spécialistes du Hadith : al-Bayhaqî, ash-Shawkânî, al-Mundhirî, an-Nawawî, Ibn Qayyim, même al-Bukhârî, dans son livre al-Adab al-Mufrad, ne sera pas épargné. Excepté les orientalistes et les coranistes, jamais personne avant Albânî ne s’était permis de critiquer la fiabilité d’un hadith rapporté par al-Bukhârî ; il est le premier !

Il serait long et fastidieux d’énumérer toutes les incohérences, les contradictions et les malversations de cet affabulateur, lequel doit sa notoriété à des fonds occultes et sa crédibilité au fait qu’il s’adresse à des ignorants. Il ne fait que citer partiellement de vrais savants pour donner à ses développements un semblant de crédibilité. Il trompe ses sympathisants en mettant bout à bout des fragments de textes pour se constituer son propre argument et faire dire à ces mêmes savants le contraire de ce qu’ils ont dit, en ne retenant d’eux que ce qui conforte ses mensonges et en délaissant ce qui souvent le contredit dans le même texte.

Comme nous avons pu le constater, les obédiences religieuses de monsieur Albânî sont obscures. Etait-il un wahhabite ? Un zâhiriste ? Un anticonformiste ? Peut-être n’était-il rien de tout cela ; sa seule ambition étant d’étancher sa soif de popularité à laquelle ses mécènes saoudiens ont tant contribué. De nos jours, de nombreux musulmans sont harcelés dans les mosquées par leurs adeptes « les radicaux musulmans », lesquels pourchassent sans relâche tous ceux qui invoquent Allâh en levant les mains, le glorifie en utilisant un chapelet (subha), ne portent pas de barbe et de chemise traditionnelle. Tous ceux, qui ne se plient pas à leur diktat, sont immédiatement relégués au rang d’hypocrites (munâfiqûn) et parfois même d’associateurs (mushrikûn).

Le coran et la Sunnah

Allâh a dit : Il ne vous a imposé aucune gêne dans votre religion, celle de votre père Abraham (Coran 22/78) – Craignez Allâh selon vos possibilités, écoutez et obéissez (Coran 64/16)

Allâh a dit : Vous avez en la personne du Messager d’Allâh, un excellent exemple à suivre pour quiconque espère la miséricorde d’Allâh, au jour dernier, et se souvient fréquemment de Lui (Coran 33/21) Le Prophète (P) a dit : « Ce que je vous ai interdit, n’en faites rien. Ce que je vous ai ordonné, faites-en ce que vous pouvez. »

Toutes les prescriptions coraniques ou prophétiques n’ont pas le même degré d’obligation ; l’observation de nombreuses pratiques étant laissée à l’appréciation du croyant. Les juristes sunnites définissent cinq catégories de prescriptions :
– Fard (ou wâjib, rukn) : l’accomplir vaut d’être récompensé ; le laisser vaut d’être sanctionné.
– Sunna mu’akkada : l’accomplir vaut d’être récompensé ; la laisser vaut d’être sanctionné, sauf en cas d’incapacité ou d’oubli.
– Sunna mandûba (ou mustahab) : l’accomplir vaut d’être récompensé ; le laisser est blâmable, mais ne vaut pas d’être sanctionné, même si cela est délibéré.
– Makrûh : le laisser vaut d’être récompensé ; l’accomplir est blâmable, mais ne vaut pas d’être sanctionné.
– Harâm : L’accomplir vaut d’être sanctionné ; le laisser vaut d’être récompensé.

Dans son Musnad, Abû Dâwûd rapporte : « Un homme pénétra dans la mosquée du Prophète. Immédiatement après s’être acquitté d’une prière canonique, il se leva pour prier une prière surérogatoire. ‘Umar ibn al-Khattâb l’interrompit et lui dit : “Assieds-toi un instant, afin de différencier [par ce laps de temps] ce qui t’est imposé de ce qui ne l’est pas, car c’est ainsi que se sont perdues les communautés qui nous ont précédés.” Le Prophète (P) dit alors : “Allâh nous a instruits par ton propos judicieux ô Ibn al-Khattâb.” » ‘Umar voulait indiquer à cette personne que les communautés passées avaient joint les dévotions surérogatoires à celles obligatoires et finirent par croire que l’obligation était constituée des deux réunies. Cela constitue une altération de la Loi et cela est unanimement considéré comme interdit. »

L'islam est une religion facile, Allâh a dit : Nous ne t’avons envoyé qu’en tant que miséricorde pour l’univers (Coran 21/107) – Un messager, issu de vous, est venu à vous. Ce que vous endurez l’afflige, il est attentif [à votre devenir] et envers les croyants, plein de compassion et de sollicitude (Coran 9/128) selon les propos du Prophète (P) : “La religion qu’Allâh préfère est celle qui est la plus sincère et la plus facile.” Le Prophète (P), a dit : “Assurément, la religion est facile. Personne ne fera de zèle, sans qu’elle n’en vienne à bout. Préférez la modération et faites du mieux que vous pouvez, réjouissez-vous. Cherchez appui en étant assidus aux moments propices.” » ‘Âisha a dit : « Quand le Prophète (P) avait le choix entre deux possibilités, il choisissait toujours la plus facile ; excepté quand cela pouvait conduire à un péché. Dès lors, il devenait le plus réticent à en user. » De tout ceci, il ressort que le rigorisme des radicaux musulmans et leur insistance à vouloir imposer leurs pratiques sont en totale contradiction avec le Coran et la Tradition. Ils dénigrent toute latitude aux fidèles et insistent pour que toutes les sunna soient rigoureusement observées, tant pour les dévotions que pour les coutumes religieuses (barbe, chemise, etc.).

Le Radicalisme salafite

Le salafisme, une religion difficile : Allâh a dit : Ô gens du Livre, n’exagérez pas dans votre religion (Coran 4/171) – C’est par un effet de la miséricorde d’Allâh, que tu fus à leur égard conciliant, car si tu avais été [un homme] brutal et au coeur dur, ils auraient fui loin de toi (Coran 3/159) Le Prophète (P) a dit : « Cette religion sera rendue difficile par des gens auxquels Allâh n’accordera aucune récompense. » – « Prenez garde à l’excès de zèle en religion, car les communautés qui vous ont précédées se sont perdues à cause de cela. » – « Facilitez les choses, ne les rendez pas difficiles. Annoncez la bonne nouvelle, n’effrayez pas les gens. » – « Allâh a agréé la facilité pour cette communauté et Il en a disgracié la difficulté. » Malgré de nombreux versets du Coran et hadiths authentiques, la Tradition du Prophète est présentée par les radicaux musulmans comme une série d’actes contraignants, un règlement militaire, un code de procédure pénal. Assimilant la Vérité à leur formalisme et son expression à leur rigorisme. Tout ce qui, selon eux, est conforme à leur conception de l’Islam est la Vérité ; tout ce qui ne l’est pas est une innovation pernicieuse.

Une innovation (bid‘a) est par définition un acte nouveau ; bon, neutre ou mauvais. Chaque fois que les radicaux musulmans dénigrent une innovation, ils arguent des hadiths suivants : Le Prophète (P) a dit : « Je vous enjoins de craindre Allâh, d’écouter et d’obéir, même à un esclave abyssin, car ceux qui me survivront verront de nombreuses dissensions. Prenez garde aux innovations, elles ne sont que déviations. Que celui d’entre vous qui vivra cela, s’en remette à ma Sunna, à celle des Califes intègres et bien guidés. Mordez [en les sangles] à pleine dent. Prenez garde aux nouveautés, car toute nouveauté est une innovation et toute innovation conduit à l’erreur. » ‘Abd Allâh a dit : « Le plus véridique des livres est celui d’Allâh, le meilleur des guides est Muhammad, la pire chose en toute affaire ce sont les nouveautés, toute nouveauté est une innovation et toute innovation conduit à l’erreur. »

Pour de nombreux musulmans, le mot « bid‘a » a un sens péjoratif, alors que dans l’usage religieux, il est très souvent synonyme de « sunna ». Dans les deux hadiths ci-dessus, le Prophète ne parle que des innovations pernicieuses ; dans les deux ci-dessous, il établit très clairement la distinction entre les bonnes et les mauvaises innovations et le fait qu’elles ne relèvent pas de moeurs profanes, mais bien des usages religieux en Islam. Jâbir ibn ‘Abd Allâh raconte : « Des bédouins vêtus de laine vinrent auprès du Prophète (P). En voyant leur état pitoyable, il comprit qu’un malheur les avait atteints. Il invita les gens à se montrer généreux, mais ils tardèrent à le faire, à tel point que la déception du Prophète se voyait sur son visage. Un Médinois vint alors avec une bourse d’argent, [imitant son exemple,] un autre en fit autant, puis ils se succédèrent les uns aux autres jusqu’à ce que la joie paraisse sur le visage du Prophète. Il dit alors : « L’initiateur d’une bonne pratique en Islam (sunna hasana), bénéficiera des récompenses [inhérentes à son innovation] ainsi que celles de tous ceux qui imiteront son exemple ; sans que le mérite de ceux qui la mettront en pratique après lui n’en soit diminué. Quant à l’initiateur d’une mauvaise pratique en Islam (sunna sayyi’a), il supportera les conséquences [inhérentes à son innovation] ainsi que celles de tous ceux qui imiteront son exemple ; sans que la sanction de ceux qui la mettront en pratique après lui n’en soit diminuée. »

Le Prophète (P) a dit : « L’instigateur d’un bon usage (hudan), bénéficiera des récompenses [inhérentes à son bon conseil] ainsi que celles de tous ceux qui imiteront son exemple ; sans que le mérite de ceux qui le mettront en pratique après lui n’en soit diminué. Quant à l’instigateur d’un mauvais usage (dalâla) il supportera les conséquences [inhérentes à son mauvais conseil] ainsi que celles de tous ceux qui imiteront son exemple ; sans que la sanction de ceux qui le mettront en pratique après lui n’en soit diminuée. » Dès lors qu’innover « en Islam » n’est pas interdit, il convient de différencier les bonnes des mauvaises innovations.

Mohamed (que la paix soit sur lui ainsi que sa famille)

Dans le Coran Allâh a juré par de nombreuses créatures : le ciel, le soleil, la lune, le temps, les anges. Le seul descendant d’Adam par lequel Il a juré est Muhammad (P) : Par ta vie, ces gens étaient en plein égarement dans leur ivresse (Coran 15/72) Pour les radicaux musulmans, faire précéder le nom du Prophète des superlatifs Sayyidinâ [seigneur] ou Mawlânâ [maître], est une innovation pernicieuse, voire de l’associationnisme (shirk). Ils considèrent que le vénérer et penser qu’il y a en sa Personne (P) et ses effets personnels une bénédiction (baraka) est du shirk, que rechercher cette bénédiction (tabarruk) et se rendre sur sa Tombe sont des innovations et du shirk. Voyons quel fut le comportement de ses Compagnons.

Sahîh al-Bukhârî : « Chapitre : Ce que l’on rapporte au sujet de la cuirasse du Prophète, son bâton, son épée, sa pierre à feu, sa bague et tout ce que les califes ont utilisé après lui, parmi ses effets [personnels] et dont on ne sait s’ils ont fait l’objet d’un partage. Figurent aussi ses cheveux, ses sandales, son gobelet et tout ce que ses Compagnons et d’autres qu’eux utilisaient pour se bénir (tabarruk). »

Ses cheveux : Ibn Sirîn raconte : « Je dis un jour à ‘Ubayda : “Nous avons, chez nous, quelques cheveux du Prophète (P) que nous avons obtenus auprès d’Anas.” [‘Ubayda] dit alors : “Posséder, ne serait-ce qu’un seul de ses cheveux me serait plus agréable que de posséder ce bas monde et tout ce qui s’y trouve.” » Anas raconte : « Lorsque [lors du pèlerinage] le Prophète (P) se rasa la tête, Abû Talha fut le premier à en prélever quelques mèches. »

Sa peau : Abû Juhayfa raconte : « Le Prophète (P) se rendit, au début de l’après midi, à la rivière. Il s’ablutionna et pria deux rak‘a pour la prière du zuhur puis deux pour celle du ‘asr, un pic fiché en terre devant lui […] ; ensuite, les gens se levèrent. [Tour à tour,] chacun prenait la main [du Prophète] et la passait sur son visage. [Abû Juhayfa ajoute] : “Je pris sa main et la passai sur mon visage. Je la sentis plus fraîche que de la neige et plus parfumée que du musc. »

Sa salive : ‘Urwa rapporte, d’après al-Miswarî et Marwân : « […] Jamais l’Envoyé (P) ne crachait, sans que son expectoration n’atterrisse dans les mains de l’un d’entre eux ; ils s’en frottaient ensuite le visage et la peau. »

Sa transpiration : Anas ibn Mâlik rapporte : « L’Envoyé (P) vint chez nous et fit sa sieste. [Durant son sommeil] il transpirait. Umm Sulaym [ma mère] s’approcha de lui et se mit à recueillir de sa transpiration dans un flacon. L’Envoyé (P) se réveilla et lui dit : “Mais, que fais-tu ?” Elle répondit : “Ceci est ta transpiration ; je vais la mélanger à notre parfum, car [ta transpiration] est le plus beau des parfums.” » Dans la version suivante, elle dit : « “Ô Messager d’Allâh, nous espérons ainsi répandre la bénédiction [que cette eau porte en elle] sur nos enfants.” Il répondit : “Tu as bien fait.” »

L’eau de ses ablutions : Al-Hakam raconte : “J’ai entendu Abû Juhayfa dire : “Le Prophète (P) vint à nous au début de l’après-midi. On [Bilâl], lui porta un récipient d’eau avec laquelle il s’ablutionna. Les gens se mirent alors à recueillir cette eau et à s’en humecter le corps […]” Abû Mûsâ dit : “Le Prophète demanda un récipient d’eau. Il se lava les mains et le visage puis rejeta, dans le récipient, l’eau contenue dans sa bouche et leur dit : Buvez de cette eau puis versez en sur votre visage et votre gorge.” » Dans une autre version, il est précisé : « J’ai vu Bilâl prendre le récipient d’eau des ablutions du Prophète (P) et les gens se presser autour de cette eau. Celui qui parvenait à en obtenir un peu s’en humectait le corps ; celui qui n’y parvenait pas saisissait la main de son compagnon et s’imprégnait de l’humidité restée dans ses mains. » Ibn Shihâb raconte : « Mahmûd ibn ar-Rabî – celui-là même que le Prophète bénit un jour, alors qu’il était enfant, en aspergeant son visage avec de l’eau qu’il avait recueilli dans sa bouche – m’a dit : “Lorsque le Prophète (P) s’ablutionnait, [l’effervescence autour de lui] était telle que les gens manquaient de s’entretuer pour récupérer l’eau de ses ablutions.” » Al-Ja‘d raconte : « J’ai entendu as-Sâ’ib ibn Yazîd dire : “Ma tante m’emmena un jour auprès du Prophète. Elle lui dit : “Ô Messager d’Allâh, le fils de ma soeur, que voici, est malade.” Le Prophète (P) passa sa main sur ma tête et me bénit (baraka). Il s’ablutionna et je bus de l’eau de ses ablutions. Je me levai et vins derrière lui. Alors, je vis entre ses omoplates, le Sceau de la Prophétie ; il était gros comme un oeuf de colombe. » Ja‘fâr ibn Muhammad rapporte : « De l’eau de la toilette mortuaire du Prophète (P), stagnait dans [l’orbite], le creux de ses paupières. ‘Alî [la recueillait et] la buvait. »

Ses vêtements : « Sahl rapporte qu’une femme vint auprès du Prophète (P) avec une étoffe (burda) aux bords tissés encore intacts. [Elle demanda à l’assemblée] : “Savez-vous ce qu’est une burda ?” Il répondirent : “C’est un vêtement ample” [Le Prophète] dit : “C’est exact.” Elle dit : “Je l’ai tissé de mes mains et je voudrai t’en revêtir.” Le Prophète qui en avait besoin, l’a pris ; il revint ensuite vers nous en l’ayant revêtu. Elle plut à un homme, qui lui dit : “Offre-la-moi ; qu’elle est belle !” Les gens lui dirent : “Tu as mal agi, le Prophète (P) l’a portée, car il en avait besoin.” Plus tard [Sahl dit :] Ayant appris qu’il ne la lui avait pas rendue, je l’interrogeais [sur son comportement], il me dit : “Je jure par Allâh, je ne la lui ai pas demandée pour la porter, mais pour en faire mon linceul.” – Sahl ajoute – : “Et elle fut son linceul.” » « Le Prophète (P) appelait affectueusement « ma mère » Fâtima bint Asad la mère de ‘Alî. Lors de son décès, il fit de sa chemise le linceul dont elle fut revêtue et s’allongea dans sa tombe avant de l’enterrer. »

L’intercession du Prophète au Jour du jugement est une certitude pour tous les musulmans sunnites. Les radicaux musulmans contestent le fait que, de par la bénédiction attachée à la personne du Prophète, d’autres que lui puissent intercéder auprès d’Allâh et être exaucés. « Anas rapporte que, quand la sécheresse sévissait, ‘Umar ibn al-Khattâb sollicitait l’intercession d’al-‘Abbâs ibn ‘Abd al-Muttalib pour faire tomber la pluie. Disant : “Seigneur, autrefois nous faisions intercéder notre Prophète auprès de Toi, et Tu faisais tomber la pluie. [Aujourd’hui que Muhammad est auprès de Toi] nous faisons intercéder son oncle al-‘Abbâs, et Te demandons de faire tomber la pluie.”. “Et la pluie tombait.” »

Selon les radicaux musulmans, célébrer l’anniversaire de la naissance du Prophète (al-mawlid an-nabawî) est une innovation pernicieuse. Parmi les plus belles innovations de notre époque, il y a cette fête que l’on célèbre chaque année, à l’occasion de la naissance du Prophète (P), et durant laquelle, les gens offrent des aumônes, sont aimables entre eux, revêtent de beaux vêtements et sont joyeux. Mais par delà le caractère louable de cette solidarité avec les pauvres, cette manifestation est une preuve, de la part de celui qui agit ainsi, de son amour pour le Prophète et de la vénération qu’il lui porte, mais aussi un témoignage de reconnaissance envers Allâh, pour le remercier de les avoir ainsi gratifié de l’envoi de Son Messager qu’Il a suscité en tant que miséricorde pour l’univers. Abû Shâma, le shaykh de l’imam an-Nawawî, n’est pas le seul savant sunnite à vanter les mérites de cette innovation. Aucun d’entre eux, jusqu’à nos jours, n’a fait l’amalgame entre cette fête religieuse et les soirées dansantes de leurs concitoyens. Ce n’est pas parce que des ignorants s’adonnent, lors de cet anniversaire, à des pratiques condamnables, que l’on doit en priver les gens pieux et respectueux, sans quoi, il faudrait également interdire la célébration des mariages, des naissances et de l’aïd, car ils en font autant lors de ces évènements.

Les faux interdits

Lever les mains lors d’une invocation : Depuis des siècles, il est coutume, après la prière, de réciter à voix haute certaines formules laudatives et de conclure, en levant les mains, par la récitation à voix haute d’une invocation et de la Fâtiha. Lorsque l’invocation est terminée, ils passent leurs mains sur leurs visages. Selon les radicaux musulmans, il est interdit de lever les mains après la prière pour invoquer Allâh. Le croyant doit, selon eux, se limiter à des louanges, puis quitter sa place. Ils arguent par deux hadiths rapportés par Muslim en disant qu’étant donné la précision des termes et la fiabilité de ces deux hadiths, le Prophète ne procédait pas ainsi et que par conséquent il est interdit de le faire. Cette interprétation est dénigrée par les plus éminents juristes, lesquels recommandent tous de lever les mains pour invoquer Allâh. ‘Umâra ibn Ru’ya raconte qu’il vit un jour Bishr ibn Marwân sur la chaire (minbar) levant les mains [durant son invocation]. Il lui dit : « Qu’Allâh enlaidisse ces deux mains ! J’ai vu le Prophète (P); jamais il n’a fait plus que de pointer son index.»

Ce hadith indique que le fait de lever les mains durant le prêche (khutba) n’est pas une sunna. Néanmoins, il est autorisé, car durant la prière du vendredi, le Prophète leva les mains pour demander la pluie. Leurs opposants répondent qu’il s’agit là d’un cas exceptionnel. » Anas a dit : « Le Prophète (P) ne levait les mains dans aucune invocation, si ce n’est celle de [la prière] pour demander la pluie, à tel point que l’on voyait le blanc de ses aisselles. » Selon le sens apparent de ce hadith, le Prophète ne levait jamais les mains [pour invoquer Allâh], excepté pour demander la pluie. Mais ce n’est pas le sens de ce hadith, bien au contraire, il est attesté que le Prophète leva ses mains en de nombreuses autres circonstances. J’ai réuni, à cet effet, une trentaine de hadiths, tous extraits des deux Sahîhs. Ce hadith signifie, qu’excepté pour demander la pluie, jamais le Prophète ne levait les mains aussi haut, [les bras tendus], à tel point que l’on voyait ses aisselles.

Le Prophète (P) a dit, « Votre Seigneur est pudique et généreux, lorsque son serviteur lève les mains vers Lui, Il a honte de le laisser les ramener vers lui vides. ». Ce hadith est la preuve du fondement juridique de cette pratique après les invocations, et les hadiths sur ce sujet sont très nombreux. » ‘Umar a dit : « Quand le Prophète (P) levait les mains dans ses invocations, il ne les ramenait jamais vers lui sans les passer sur son visage. »

La voix de la femme : Selon eux, une femme ne doit pas débattre de sujets religieux avec un homme, sa voix étant considérée comme impudique (‘awrâ). Pourtant, jamais à l’époque du Prophète, il ne fut demandé aux femmes de se taire. Bien au contraire, la Tradition enseigne qu’elles ont pris la parole lors d’assemblées et que le Prophète ou ses Compagnons, leur ont répondu aimablement.

Le Prophète (P) a dit : « “Ô femmes, multipliez les aumônes et implorez fréquemment le pardon. J’ai constaté, que vous étiez les gens de l’Enfer les plus nombreux.” Une femme d’une grande éloquence demanda : “Ô Messager d’Allâh, qu’avons nous de si particulier pour mériter d’être les gens de l’Enfer les plus nombreux ?” Le Prophète répondit : “Vous maudissez beaucoup et dénigrez les bienfaits de vos époux. Je ne connais pas de créature, assimilable à l’homme sensé, qui soit autant diminuée que vous dans sa raison et dans sa religion.” Elle demanda : “Ô messager d’Allâh, que signifie, être diminué dans sa raison et dans sa religion ?” Il répondit : “Pour la raison, le témoignage de deux femmes équivaut à celui d’un homme [voir Coran 2/282]. Pour la religion, elles demeurent plusieurs jours sans prier et elles mangent durant le mois de ramadan. »

‘Umar ibn al-Khattâb déclara : “Ne donnez pas plus de quarante onces pour la dote d’une femme ; quand bien même elle serait une fille des Ghussa. Celui qui outrepassera cette mesure, je déposerai son surplus au Trésor public.” Depuis le rang des femmes, une femme de grande taille et au nez écrasé se leva et clama : “Que dis-tu là !” [Umar lui demanda] : “Qu’y a-t-il ?” Elle répondit : “Allâh a dit : Si vous avez donné à l’une un quintal, n’en reprenez rien (Coran 4/20).” ‘Umar dit alors : “Une femme a eu raison et un homme a eu tort !”

Le baise-main : Le fait de baiser la main ou le front de son maître en religion est considéré par les radicaux musulmans, non pas comme un témoignage de respect, mais comme une innovation pernicieuse initiée par les soufis, alors qu’il n’en est rien puisque les Compagnons le faisaient : « Ibn Abbâs rencontra un jour Zayd ibn Thâbit, il prit les rênes de sa monture et se mit à le guider en signe de respect. Zayd lui dit : “Laisse, ô cousin du Prophète.” Ibn Abbas répondit : “Il est de notre devoir de traiter ainsi nos savants et nos aînés.” Zayd lui dit alors : “Donne-moi ta main.” Ibn Abbâs la lui tendit et Zayd l’embrassa en disant :“Il est de notre devoir de traiter ainsi les proches de notre Prophète.” » « Thâbit venait parfois [s’instruire] auprès d’Anas ibn Mâlik.Lorsqu’il devait venir, Anas disait à sa servante : “Donne-moi un peu de parfum que je me parfume les mains, car Thâbit refuse [de s’asseoir pour s’instruire] tant qu’il ne m’a pas embrassé la main.” »

Le chapelet : Nombreux sont les musulmans qui aujourd’hui ont renoncé à faire usage du chapelet (subha). Dans de nombreuses mosquées, ils ont totalement disparu, « confisqués par les radicaux musulmans », lesquels prétendent qu’il est une innovation empruntée aux chrétiens, cela sans que jamais personne n’ait apporté la moindre preuve que ce ne soit pas l’inverse ! Ce n’est pas parce que le christianisme est antérieur à l’Islam que cette innovation doit leur être attribuée. Même si cela était le cas, les trois religions ont en commun plusieurs autres choses : les chaires (minbar), les autels (mihrâb), les pupitres, les caisses servant à recueillir les aumônes. Bien plus encore, des églises ont été transformées en mosquées et inversement. D’autre part, est-il réellement interdit d’imiter les Gens du Livre dans tout ce qu’ils font ? Ibn ‘Abbâs a dit : « Le Prophète (P) aimait imiter les Gens du Livre dans tout ce qui ne lui avait pas été enjoint de faire […]. » Les radicaux disent, qu’en plus d’être une innovation empruntée aux chrétiens, la subha doit disparaître, car pour se bénir, certaines personnes se frottent le visage avec, à la fin de leurs dévotions. Même si le caractère blâmable de cette pratique était démontré, cela ne justifierait pas son interdiction, car ils en font autant avec le Coran qu’ils embrassent et posent ensuite sur leur front !

Le comptage des formules de louanges (tasbîh) avec les phalanges, est une sunna comme l’indique le hadith dans lequel le Prophète dit aux femmes : « Louez Allâh en vous servant de vos doigts. Assurément, ils seront interrogés et ils parleront. » Quant à se servir de noyaux, de petits cailloux et autres, c’est également une bonne chose ; certains Compagnons le faisaient. Le Prophète vit un jour la Mère des croyants louer Allâh en se servant de petits cailloux et il l’a confirma dans sa façon de faire. La subha n’est pas « un objet de culte », mais un « instrument de culte » assimilable aux tapis de prière, aux boussoles et aux calendriers de prières ; par conséquent, il est une innovation constructive. Ses partisans disent, à juste titre, que le simple fait de le voir incite à s’en servir. Il est même un réflexe pour de nombreux musulmans qui, en attendant l’heure de la prière, font des dizaines, des centaines, parfois mille prières sur le Prophète. Nous invitons les détracteurs de la subha à en faire autant en comptant sur leurs phalanges, sachant que le Prophète (P) a dit : « Les gens les plus en droit de me rejoindre au Jour du jugement, seront ceux qui priaient le plus pour moi. »

La chemise traditionnelle : Le Prophète (P) a dit : « Celui qui, par ostentation, laissera pendre son vêtement, Allâh ne le regardera pas au jour du jugement. » – « Celui qui aura revêtu un vêtement par ostentation, Allâh lui fera porter, au jour du jugement, un vêtement humiliant puis, Il y mettra le feu. » – « Personne ne revêtira un vêtement afin de pavoiser et attirer l’attention des gens sur lui, sans qu’Allâh ne détourne de lui Son regard, jusqu’à ce qu’il ait retiré ce vêtement. »

Le port de la chemise est fortement recommandé pour prier : d’une part afin de cacher parfaitement sa nudité, et d’autre part, quand elle est propre et belle, afin de témoigner de son respect à Allâh. Excepté pour la prière, il n’existe pas de hadiths recommandant au musulman de se vêtir de quelque façon que ce soit, si ce n’est décemment. La Tradition enseigne que le Prophète aimait les vêtements blancs et qu’il n’aimait pas ceux à motifs, car ils distraient l’orant pendant sa prière. Les radicaux musulmans prétendent qu’il est une sunna, donc un devoir, de porter des chemises en tout temps et en tous lieux. Ceux qui n’en portent pas sont, selon eux, de mauvais musulmans, quand ils ne sont pas qualifiés par d’autres épithètes ! Si, comme ils le prétendent, porter une chemise traditionnelle est un témoignage de foi, que doit-on penser des vêtements occidentaux qu’ils portent en dessous ?

La barbe : Le Prophète (P) a dit : « Cinq [préceptes] font parti de la nature originelle de l’homme (fitra) : se raser les poils des parties sexuelles, la circoncision, se tailler les moustaches, se raser [ou s’épiler] les aisselles et se couper les ongles. » Pour les imams Abû Hanîfa, Mâlik et Ibn Hanbal, se raser la barbe est interdit (harâm) ; pour l’imam ash-Shâfi‘î, cela est blâmable (makrûh). Il ne fait donc aucun doute que se laisser pousser la barbe est, au moins, fortement recommandé. Cette divergence d’opinions est due au fait qu’il n’existe aucun hadith où il est explicitement ordonné à chaque musulman de se laisser pousser la barbe. Quant au hadith suivant, avec lequel argumentent les radicaux musulmans, il est comme de nombreux autres, détourné de son contexte. Le Prophète (P) a dit : « [...] Laissez la barbe et taillez les moustaches. » Extraite de son contexte, cette « fraction de hadith » fait figure d’argument irréfutable ; replacée dans son contexte initial, l’obligation disparaît, car le Prophète (P) a dit : « Différenciez-vous des polythéistes : laissez la barbe et taillez les moustaches. » Dans ce hadith, le Prophète définit la façon de porter la barbe, pour ceux qui auront fait ce choix, afin qu’ils se distinguent des juifs et des chrétiens. Les premiers, comme ils le font encore aujourd’hui, avaient coutume de porter une barbe longue, les seconds une barbe courte. Le musulman doit adopter la longueur intermédiaire. Le Prophète (P) a dit : « Les juifs et les chrétiens ne se teignent pas les cheveux. Différenciez-vous d’eux ! »

Commentaire d’Ibn Taymiyya : « Tout ce qui se rapporte au fait de les imiter date du début de l’émigration [à Médine]. Puis tout ceci fut ensuite abrogé, car à cette époque, les juifs ne se distinguaient pas [dans leurs apparences] des musulmans, ni par la barbe, ni par les vêtements, ni par un signe particulier. Puis il fut attesté, par le Coran, la Sunna et le consensus [des Compagnons], lequel connut son apogée sous le règne de ‘Umar ibn al-Khattâb, que ce qu’Allâh avait institué, quant à l’obligation de se différencier des incroyants, devenait exécutoire, tant pour les traditions que pour les dévotions. L’application tardive de cette obligation trouve son explication dans le fait que cette différenciation ne pouvait prendre effet que lorsque la religion fut pratiquée ouvertement et que ses préceptes furent prédominants, comme pour la guerre sainte, l’impôt versé par les Gens du Livre et ceux sous notre domination. Quand les musulmans de la première heure se trouvaient en état d’infériorité, cette obligation ne leur fut pas imposée. Mais quand la religion fut parachevée et suffisamment répandue et prédominante, l’obligation pour les musulmans de se différencier des non-musulmans devint obligatoire. De nos jours […], il en est de même, si le musulman se trouve en terre ennemie ou hostile à l’Islam, il n’est pas tenu d’observer cette obligation dans les apparences à cause des contraintes que cela suppose, au contraire il lui est recommandé (mustahab), voire obligatoire (wâjib), de les imiter temporairement [ou partiellement] dans leurs moeurs, si le fait de les imiter est bénéfique pour la religion ou peut amener autrui à se convertir. Dans le cas contraire [nous résumons] cela n’est pas permis, en particulier en terre d’Islam. » Le Prophète (P) a dit : « Assurément ! Allâh ne regarde pas vos visages et vos biens ; mais Il regarde vos coeurs et vos actions. » En Islam, les signes extérieurs de piété ne sont en rien un gage de sincérité. En réalité, la barbe, la chemise traditionnelle, etc. ne sont pour les radicaux musulmans que des subterfuges destinés à se reconnaître les uns les autres.

Les écoles de jurisprudence : Croyants, obéissez à Allâh, obéissez au Prophète et à ceux d’entre vous qui détiennent l’autorité. En cas de litige, remettez-vous-en à Allâh et au Prophète, si vous croyez en Allâh et au jour dernier. C’est un bien et la meilleure des issues (Coran 4/57) Le Prophète (P) a dit : « Les juifs se sont divisés en soixante et onze – ou soixante-douze factions –. Les chrétiens se sont divisés en soixante et onze – ou soixante-douze factions –. Ma communauté se divisera en soixante-treize factions. » Dans une autre version, il ajoute : « soixante-douze iront en Enfer et une seule entrera au Paradis ; ce sera celle de l’union. »

Tous les radicaux musulmans font valoir ce verset du Coran et ce hadith en leur faveur. Selon eux, les autorités religieuses désignées dans ce verset sont leurs chefs religieux, et les Gens du consensus (ahl as-sunna wa-l-jamâ‘a), cités dans ce hadith, le mouvement auquel ils appartiennent. Ils considèrent les écoles de jurisprudence comme des innovations et leurs différents points de vue comme autant d’erreurs. Selon eux, ces écoles doivent disparaître et être remplacées par une seule. Ils ont également opté pour une méthode et des arguments qui semblent de plus en plus convaincre les jeunes musulmans. La méthode consiste, dans un premier temps, à les culpabiliser en leur disant : « Allez-vous renoncer à ce que le Prophète a dit pour suivre l’imam Mâlik ? » Et, fort de leur argument, ils ajoutent : « Nos imams ne se réfèrent qu’au Coran et aux hadiths authentiques, alors que ceux des différents mouvements ont tous d’autres supports de réflexion. »

Ils leur expliquent que, depuis des siècles, la religion d’Allâh n’a cessé de se dégrader du fait de l’aversion des adeptes des autres religions, des innovations, des sectes et de l’ignorance des gens, mais surtout à cause des imams des quatre écoles de jurisprudence et de leurs divergences et qu’il convient désormais de revenir à « la vraie religion », cela grâce aux directives d’une génération exceptionnelle de savants (‘ulamâ) contemporains comme messieurs Ibn ‘Abd al-Wahhâb, Albânî et quelques célébrités saoudiennes. Et sans autres précisions que : « Les savants ont dit (qâl al-‘ulamâ) » ils imposent à leurs sympathisants toute une série de mesures et de réflexions incompatibles avec le Coran et la Tradition. Ce credo tendancieux est dénoncé, depuis fort longtemps, par les plus grands juristes, en particulier Ibn Taymiyya, l’un des savants musulmans les plus virulents à l’encontre des innovateurs et des sectes.
Si Ibn Taymiyya, dont les radicaux musulmans ne cessent de se réclamer sans rien savoir de lui, avait considéré ces écoles de jurisprudence comme des innovations, il n’aurait pas adhéré à deux d’entre elles et vanté ici les mérites de leurs fondateurs. Il nous suffira de rappeler que tous les plus grands savants de notre communauté, sans aucune exception, depuis al- Bukhârî à Ibn Taymiyya, ont tous adhéré à une école de jurisprudence avec, il est vrai, une très forte propension pour celle de l’imam ash-Shâfi‘î, ce qui ne change rien. Qui mieux que ces imams auraient pu se dispenser d’adhérer à l’une de ces écoles, voire en fonder une ? Pourtant, ils ne l’ont pas fait. Dès lors, comment les radicaux musulmans peuvent-ils prétendre pouvoir s’en dispenser sans penser que tous ces savants se sont trompés ? Adhérer aux recommandations d’une école de jurisprudence (madhab) n’a jamais été considéré, par aucun de ces maîtres, comme un acte de soumission à une créature, aussi savante soit-elle, mais comme se conformer à une logique jurisprudentielle. At-Tabarî, l’auteur du premier commentaire complet du Coran fonda sa propre école puis, selon certains biographes, il y renonça vers la fin de sa vie pour devenir shafi‘îte. Al-Bukhârî étudia la jurisprudence auprès d’al-Humaydî, l’un des principaux élèves de ash-Shâfi‘î. Muslim l’étudia auprès d’al-Harmala un autre élève d’ash-Shâfi‘î. Ces deux imams se sont également instruits auprès d’Ahmad ibn Hanbal et, al-Bukhârî lui a présenté son célèbre al-Jâmi‘ as- Sahîh. Les spécialistes du Hadith, parmi les élèves et contemporains de ces deux maîtres, étaient également shâfi‘îtes : at-Tirmidhî, an-Nasâ’î, Abû Dâwûd, Ibn Mâja et d’autres. Ces informations figurent en toutes lettres dans les monographies et la préface de leurs ouvrages. Tous sont d’authentiques Anciens vertueux et, dit az-Zarqânî : « Il n’est pas permis de penser d’eux qu’ils aient considéré comme authentique ce qui ne l’était pas. »

Le Coran et les purifiés

Un authentique salafite est celui qui s’inspire du comportement des pieux musulmans des trois premiers siècles de l’Hégire et un authentique sunnite est celui qui se réfère et adhère à la Tradition du Prophète (P) dans sa totalité. Peut-on encore dire des radicaux musulmans dans leur ensemble et de Muhammad ibn ‘Abd al-Wahhâb et Albânî en particulier, qu’ils sont des salafites et des sunnites ? Peut-on encore dire d’eux, comme le disent les orientalistes, qu’ils sont des fondamentalistes, alors que rien de ce qu’ils préconisent n’a son fondement dans le Coran et la Tradition ? En fait, leur antagonisme s’apparente bien plus au protestantisme chrétien qu’au salafisme musulman !

Le Prophète (P) a dit : « Il n’est pas un Envoyé, missionné avant moi par Allâh auprès de sa communauté, dont les Apôtres et les Compagnons n’aient appliqué sa sunna et se soient guidés par ses recommandations, sans qu’ensuite ne leur succèdent des gens disant ce qu’ils ne font pas et faisant ce qui ne leur est pas demandé. Celui qui les combattra par la main sera un croyant, celui qui les combattra par la langue sera un croyant, celui qui les combattra par le coeur sera un croyant ; ceci étant le degré le plus bas de la foi. » – « Lorsque l’un d’entre vous est témoin d’une chose répréhensible, qu’il la condamne par la main ; s’il ne le peut pas, qu’il le fasse par la langue ; s’il ne le peut pas, qu’il le fasse par le coeur – ceci étant le degré de la foi le plus faible. »

À défaut d’avoir le pouvoir juridique d’ordonner l’autodafé de tous les ouvrages de messieurs Ibn ‘Abd al-Wahhâb et Albânî, je n’ai pu dans cet ouvrage, selon mes faibles connaissances et mes modestes moyens, qu’en dénoncer la caducité. J’espère cependant que les jeunes musulmans y trouveront les arguments qui leur font tant défaut lorsqu’ils sont harcelés par ces prétendus garants de la Tradition. Allâh, montre-nous la vérité sous sa véritable apparence et accorde-nous de nous y conformer. Montre-nous l’erreur sous sa véritable apparence et accorde-nous de nous en écarter. Guide-nous parmi ceux que Tu as guidés et pardonne-nous, comme à ceux à qui Tu as pardonné. Sois notre allié comme Tu fus Celui de ceux avant nous. Bénis ce dont Tu nous as gratifiés et préserve-nous des maux que Tu as décrétés, car Tu es le seul à décider et il n’est personne qui puisse juger contre Toi.

Allâh répands Tes bienfaits sur notre seigneur et maître Muhammad et sa famille, comme Tu as répandu Tes bienfaits sur notre seigneur et maître Abraham et sa famille. Allâh bénis notre seigneur et maître Muhammad et sa famille, comme Tu as béni notre seigneur et maître Abraham et sa famille. Car Tu es digne de louanges. Âmîn.





Télécharger la version complète avec toutes les sources

Télécharger le fichier : La vérité sur le salafisme

Bienvenue sur le cours du vendredi !

Ce site a pour vocation d'offrir un cours vidéo, en français, toutes les semaines, pour mieux comprendre sa religion.

Vous pouvez en outre écouter, dans la rubrique coran, la parole de Dieu, tout en lisant simultanément la traduction en français.

Et plein d'autres choses à vous de voyager.